Selon l’auteur de cette lettre, certains enseignants ont constaté que les élèves qui s’adonnent aux échecs arrivent à mieux canaliser leur énergie et à mieux contrôler leur agressivité.

Une solution possible au Ritalin: le jeu d’échecs

OPINION / Dans les médias, 48 pédiatres dénoncent la très grande médicamentation des enfants québécois ayant reçu un diagnostic de trouble du déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité (TDAH). On prescrit alors du Ritalin.

Le Dr Falardeau, pédiatre, estime qu’il y a tout simplement trop de faux diagnostics. Ces enfants pourraient souffrir plutôt d’anxiété, qui donne des symptômes similaires au TDAH. Et prendre du Ritalin n’est pas un traitement anodin. Les effets indésirables les plus fréquents sont la nervosité, les insomnies et les maux de tête, dont un enfant sur dix prenant ce médicament est affecté.

Sans doute un cerveau qui ne peut se concentrer engendre le déficit de l’attention. C’est là le problème. Alors qu’est-ce qui peut calmer «l’agitation» du cerveau et favoriser la concentration en dehors des médicaments qui donnent des effets secondaires difficiles à gérer?

Outre la consultation possible – mais disponibilité non assurée – d’une kyrielle de spécialistes: psychologues, orthophonistes, ergothérapeutes, optométristes, etc., en plus du recours aux bienfaits des sports pour canaliser l’énergie des enfants et des adolescents, il y aurait la pratique du jeu d’échecs.

Des dizaines de recherches ont démontré que le jeu d’échecs peut ralentir l’agitation cérébrale contribuant ainsi à aider l’enfant qui apprend un jeu qui exige de la concentration. Cela le conduit petit à petit à mieux se contrôler. Certains enseignants l’ont constaté: les élèves qui s’adonnent aux échecs arrivent à mieux canaliser leur énergie et à mieux contrôler leur agressivité. D’autres ont démontré l’incidence entre le jeu et le progrès que peuvent réaliser les jeunes en maths. Une étude faite auprès de 4000 étudiants vénézuéliens a démontré que ce jeu a produit des hausses significatives dans les scores de leur quotient intellectuel. Dans ce sens, le jeu d’échecs pourrait aider à la thérapie des enfants aux prises avec le Ritalin et pourquoi pas aider à diminuer la dose de celui-ci.

Que sont les échecs? C’est un jeu qui met en présence deux cerveaux qui, stratégiquement, combattent pour vaincre l’artillerie adverse en matant son Roi. Or, on ne peut partir à l’assaut à l’aveuglette. D’abord, il faut connaître certaines théories fondamentales des ouvertures, du milieu des parties et des finales, théories basées sur le calcul des variantes possibles. Ce calcul s’appuie sur certaines lois mathématiques d’où le hasard est absolument exclu.

Au-delà des calculs mathématiques, le joueur pour établir sa stratégie doit faire preuve de créativité et d’imagination pour dégager un plan où s’élabore une structure. Pour y parvenir, il faut être capable d’avoir une vision globale du jeu. Le joueur y découvre alors tout un monde de réflexions et un si captivant mystère que le jeu d’échecs apparaît comme un spectacle délectable.

L’esprit est alors sollicité à conduire l’action conjointe de pièces dissemblables, à prévoir et à préparer des combinaisons, à éviter bon nombre d’embûches… Bref, le jeu d’échecs est un jeu exigeant, qui monopolise l’attention. Si l’on doit identifier quelques forces intellectuelles auxquelles il fait surtout appel, d’emblée nous dirons l’anticipation, l’imagination et surtout la concentration. Le joueur doit, tout au long de la partie, se concentrer, puisqu’à chaque coup la configuration sur l’échiquier change, il lui faut alors réajuster son plan. C’est vraiment une bonne gymnastique intellectuelle! Et la faculté de concentration n’est-elle pas le creuset pour réussir ses études scolaires et plus tard ses activités professionnelles?

Habitué à l’effort de concentration, le jeune développe à un âge précoce les précieuses qualités s’y rattachant. Il aura appris que le coup joué engage sa responsabilité et l’avenir de la partie. Or, un coup faible peut compromettre le meilleur plan. C’est pourquoi avant de prendre une décision, il aura appris que l’étude globale de la situation et l’analyse subséquente des détails s’imposent. Circonspection, prudence et discrimination (c’est-à-dire le choix entre plusieurs solutions et l’élimination des fausses pistes) s’affinent. Et ce qui est important, l’enfant devient capable de corriger sa perception intuitive des choses. Ainsi la jeune intelligence de l’enfant est amenée avec le temps, à sortir peu à peu du monde concret pour appréhender le monde abstrait des concepts. Autrement dit, il devient capable de raisonner sans le support du concret. Le jeune atteint ainsi le stade mature de l’intelligence formelle nécessaire aux études postsecondaires. À ce stade, aurait-il encore besoin de médicaments?

Et ce jeu ne requiert qu’un échiquier et des pièces!

Roger Greiss

Ex-chroniqueur du jeu d’échecs et ancien champion de la Mauricie

Shawinigan