L’auteure du texte, Louise Cloutier, raconte ce qu’elle a vécu récemment alors qu’elle a passé une soirée avec des immigrantes installées à Trois-Rivières depuis quelques mois pour certaines et quelques années pour d’autres. «On est toutes des femmes», écrit-elle.

Une soirée chez une réfugiée syrienne

J’ai rencontré Samahir, le 9 novembre dernier, au Cégep de Trois-Rivières. C’était à l’occasion d’une exposition d’ateliers sur la culture des Abénakis et celle d’étudiants étrangers de Colombie, du Pérou, de Cuba, du Botswana, des Philippines, de Syrie (du Kurdistan) et autres pays.

Samahir, réfugiée syrienne, est mère de cinq filles. Elle est dans la jeune trentaine et mariée à un avocat syrien. Arrivée au pays il y a près de deux ans, elle étudie le français comme langue seconde au cégep. Elle porte le voile depuis l’âge de 20 ans. 

Très jolie avec de beaux et longs cheveux noirs, elle a voulu se prémunir du harcèlement des hommes. Maintenant, elle le porte par habitude. Musulmane, elle sait que ce voile n’est pas porté pour des questions religieuses. Elle est contre la burqa et le niqab qui cachent le visage.

Je suis certaine qu’elle serait d’accord de parler de neutralité tout court dans le projet de loi de Philippe Couillard voté par le gouvernement du Québec. On devrait parler de neutralité et enlever le mot «religieuse» pour parler de communication, d’identification et de sécurité. 

Pour le reste, si vous êtes opérée ou accidentée au visage, s’il y a une tempête de neige, un grand vent ou une tempête de sable, on doit se servir de son bon sens. Il faut juger de l’importance de la communication et choisir un endroit plus propice à l’intérieur. Pour compléter mon opinion: laissez-nous nos bijoux religieux ou non. 

J’ai été invitée à passer une soirée chez une amie de Samahir, dans un quartier de la ville, à l’occasion du jour du Souvenir, rappelant la fin de la Première Guerre mondiale en Europe. J’ai mangé des rouleaux de feuilles de vigne, farcies, des pains en triangle, fourrés à la viande et une bonne salade mélangée avec du pain croustillant. Et bu un Pepsi.

Une quinzaine de femmes étaient présentes dont au moins cinq avec leurs enfants. J’en ai compté sept dont la plus âgée avait 10 ans et étudiait le français à l’École primaire Sainte-Thérèse. Elles étaient toutes mères ou grand-mères, à l’exception d’une jeune d’environ 18 ans. Elles m’ont invité à danser le baladi avec elles. La fin de semaine appartient aux femmes, qui se sont occupées des enfants toute la semaine. Au tour des hommes en fin de semaine.

Deux mères ont allaité sur place leur bébé. J’ai gardé dans mes bras, Asil, un bébé fille de 4 mois avec de soyeux cheveux noirs. Plus tard, Yousef s’est endormi sur mes genoux comme un bébé garçon peut le faire. 

Toute la veillée, elles ont dansé le baladi au son de la musique arabe sur l’écran de télévision. Après avoir mangé, une mère s’est sentie mal. Diabétique, elle avait oublié ses médicaments. Samahir a appelé son mari pour qu’il vienne la chercher afin de la reconduire à sa résidence. Vêtue de ma djellaba marocaine, je suis repartie au volant de ma Mazda. 

La rencontre a dû se terminer vers 21 h 30 comme me l’avait mentionné Samahir. Belle soirée entre femmes très dynamiques dont deux parlaient très bien le français. La musique, les gestes et la traduction de l’arabe au français suffisaient amplement à la communication. 

Pour le reste il suffisait de regarder, de deviner. On est toutes des femmes, de la race humaine après tout. Elles sont arrivées à Trois-Rivières, certaines depuis trois mois, d’autres depuis deux années. Chaque samedi soir la rencontre se passe chez l’une d’entre elles à tour de rôle.

Louise Cloutier

Ex-enseignante de langue seconde

Trois-Rivières