Les responsables du Grand Prix de Trois-Rivières ont annoncé récemment qu’ils abandonnaient la tradition sexiste de faire appel à des mannequins féminins, communément appelés «grid girls», sur la grille de départ des courses.

Une sage décision

Les responsables du Grand Prix de Trois-Rivières ont annoncé récemment qu’ils abandonnaient la tradition sexiste de faire appel à des mannequins féminins, communément appelés «grid girls», sur la grille de départ des courses. Le comité femmes de Québec solidaire Mauricie tient à saluer cette initiative qui constitue un pas de plus vers un nécessaire changement de la culture qui utilise l’image des femmes comme objet d’attraction.

Au-delà des intentions exprimées par la direction du GP3R selon lesquelles la participation des filles avait surtout pour «fonction de leur montrer comment agir en public et leur permettre de se bâtir une confiance en elles», il faut bien reconnaître que dans ce genre d’événement, les femmes mises de l’avant correspondent toutes à des standards de beauté uniformes érigés par le marketing.

On peut voir dans la décision du GP3R un autre effet positif du mouvement #Moiaussi–#Metoo. Il semble que les grandes organisations utilisant de manière sexiste le corps des femmes comme objet d’attrait commencent à prendre conscience de leur impact. En effet, si l’on convient que ce qu’on appelle maintenant communément la culture du viol peut être à l’origine de l’abus du pouvoir qui mène à des violences sexistes, dont le harcèlement et les agressions plus souvent tournées vers les femmes, cette culture s’ancre petit à petit dans les esprits à partir de l’image qu’on projette des femmes dans la société.

Ces pratiques sont encore répandues dans plusieurs milieux (sportifs, mode, télé, publicité, bars, gala, etc.). Leur abandon au sein du milieu automobile n’est cependant pas sans soulever la révolte d’un certain nombre de ces «hôtesses» qui revendiquent, au nom même du féminisme, le droit de choisir en toute liberté les activités auxquelles elles s’adonnent. Il ne s’agit toutefois pas là d’un choix individuel, mais bien d’une culture qui offre aux jeunes filles LE modèle à copier pour plaire et aux jeunes garçons un modèle uniformisé de femmes à désirer. Ce type d’exposition peut d’ailleurs créer des malaises, comme en témoigne une ancienne participante: «Des gens dans la foule nous sifflaient. Certains criaient: ‘‘Moi j’aime la #18!’’, ‘‘Moi j’aime la #2!’’. Tout ça me rendait vraiment mal à l’aise ce qui fait que je ne souriais pas assez. Ils m’ont donc remplacée à la deuxième course. Je me suis sentie profondément humiliée!»

Dans un tel contexte, la décision du GP3R d’en terminer avec la présence de femmes sur la grille de départ va dans la bonne direction et il faut s’en réjouir. Qui sait? Peut-être verra-t-on un jour prochain les «grid girls», ces femmes-objets, remplacées par des coureuses automobiles?

Valérie Delage

Comité femmes de Québec solidaire Mauricie