Pour l’auteur de cette lettre, il est temps que les décisions sur les politiques d’immigration soient prises par les seuls Québécois.
Pour l’auteur de cette lettre, il est temps que les décisions sur les politiques d’immigration soient prises par les seuls Québécois.

Une révision de la politique de l’immigration s’impose

OPINIONS / Comme certains l’ont évoqué, ne pourrait-on pas ouvrir aux réfugiés les programmes d’immigration économiques? Ainsi le réfugié serait admis selon ses compétences et apte à combler les besoins en main-d’oeuvre et ne serait plus la personne qui reçoit passivement de l’aide.

Ce dont le Québec a un besoin criant, ce sont des personnes qui maîtrisent les technologies de pointe et les méthodes scientifiques; par exemple, des analystes-programmeurs, des développeurs de logiciels, des concepteurs de circuits intégrés numériques, des ingénieurs mécaniques, des ingénieurs en robotique, des infirmières cliniciennes, etc. Mais aussi du personnel expérimenté, notamment en agriculture. Une telle immigration serait une source de prospérité pour le Québec. Le Québec n’aurait pas à payer pour leur formation car ils arriveraient ici à un âge où ils sont immédiatement productifs et, ce qui n’est pas négligeable, prêts à donner leur part d’impôts.

Le monde change. L’évolution des mentalités s’accélère. Sans contredit, la politique de l’immigration instituée par Pierre Elliott Trudeau, il y a plus de 40 ans (1978) est plus que désuète. Peut-on croire qu’en 2020 le Québec n’a aucun pouvoir sur l’accueil et l’acceptation ultérieure des réfugiés et sur le volet réunification des familles? Il faut comprendre que Pierre Elliott Trudeau était mû par un sentiment anti-souverainiste, ce qui le poussait constamment à user de politiques coercitives qui visaient à affaiblir le Québec par rapport au reste du Canada ainsi qu’à diviser les Québécois entre eux. C’est pourquoi l’apport des catégories – réfugiés et regroupement des familles – tendait surtout à augmenter le nombre des anglophones au détriment des francophones. En effet, plus d’immigrants qui viennent grossir les rangs des anglophones (on connaît l’attrait de la langue anglaise), c’est plus de votes pour le NON lors d’un référendum. René Lévesque l’avait compris. Malgré que le nombre des immigrants à son époque ne s’élevait qu’à 17 000, il disait que le fédéral travaillait à «noyer les francophones».

Qui plus est, lors de sa mise en place, la politique du multiculturalisme de Trudeau père a envoyé le message à ces communautés immigrantes de refuser l’assimilation. Il obligeait ainsi le Québec à respecter la diversité des langues et des cultures; et pour être sûr que le Québec soit dans son étau, Trudeau a renforcé le multiculturalisme par la Charte des droits et de libertés en 1982. Une épine dans le cœur du Québec. Car si cette mosaïque de langues et de diversités culturelles n’a presque pas d’influence dans le reste du canada, où elle ne menace en rien la prédominance culturelle canadienne anglaise, elle est drôlement handicapante pour le Québec, la minorité francophone représentant à peine 2 % en Amérique du Nord. Conséquence: le peuple québécois est ravalé au rang de simple minorité ethnique parmi d’autres. Disparu le dualisme des deux nations fondatrices.

Rien n’a changé depuis 40 ans. Nous avons maintenant le fils qui suit aveuglément la stratégie de son père depuis qu’il a pris le pouvoir en 2015. Ses politiques sur l’immigration suscitent justement ce sentiment d’un peuple minoritaire asservi, vivant des heures d’incertitude, ne participant pas aux décisions qui le concernent.

L’infantilisation du Québec par le fédéral en matière d’immigration doit cesser. Il est temps que les décisions sur les politiques d’immigration soient prises par les seuls Québécois.

Roger Greiss

Shawinigan