Les employés de l’ABI sont en lock-out depuis plus d’une semaine.

Une réflexion féconde et positive

ABI 2018 J’ai passé deux journées à analyser et commenter un conflit que je ne comprends toujours pas… Je crois sincèrement avoir utilisé au maximum mon humble tribune pour inciter les parties à garder le canal de communication ouvert.

J’ai un moment espéré que le conciliateur puisse rouvrir ce canal, je l’ai souhaité et l’ai publiquement demandé. Résultat: les parties sont demeurées sur leur position et il ne m’appartient pas d’en juger.

Certaines déclarations selon lesquelles ce conflit concernait un syndicat privé confronté à une entreprise privée m’ont coupé la voix. Ainsi, ce conflit n’en avait rien à cirer des tristes dommages collatéraux générés dans la ville et toute la région. Et j’en ai conclu qu’il n’était pas approprié que je fasse d’autres démarches. Valait mieux me réfugier derrière mon devoir de réserve.

L’annonce du licenciement de 80 travailleurs de l’entreprise MBI, l’inquiétude que vivent de nombreuses familles, des sous-traitants et autres me confirment l’ampleur (et la douleur) de ce conflit. C’est beaucoup, BEAUCOUP plus que l’affrontement d’un syndicat privé et d’une entreprise privée. C’est l’affaire d’une région, c’est l’affaire du Québec, c’est l’affaire d’un modèle de valeurs selon lesquels les patrons et employés semblent poursuivre des buts très divergents.

De plus, j’ai reçu quelques courriels m’exhortant à continuer d’y croire.

Tout ceci m’amène à briser temporairement mon devoir de réserve et de tenter, une fois de plus, de forcer une réflexion féconde et positive.

UN NOUVEAU PARADIGME?
Un mot savant, manipulé par les universitaires et que je traduis par «ensemble de croyances, de valeurs partagé par un groupe ou des groupes», et qui crée un climat.

Je crois comprendre que l’actuel climat est fondé sur la croyance que «l’autre» a nécessairement tort. Selon ce paradigme, l’employeur cherche délibérément à exploiter les travailleurs dans le but d’engranger de plus en plus de profits et l’employé, lui, ne pense qu’à obtenir toujours davantage, en cédant peu.

Bref, un climat d’affrontement et de perceptions négatives.

Le but est pourtant simple et évident: il est exactement le même pour les deux parties: FAIRE DE L’ALUMINIUM. Le patron veut faire de l’aluminium et réaliser des profits… et c’est correct. L’employé, pour sa part, recherche un emploi de qualité, une stabilité, un revenu confortable… et c’est correct.

Et les deux recherchent un CLIMAT de travail harmonieux et productif.

ABI 2030
Je rêve d’une démarche, basée sur la stricte bonne volonté, animée par des représentants de l’employeur, des employés et du ministère de l’Économie. Je rêve d’une ultime démarche, audacieuse, visant exclusivement la santé économique et organique de l’usine, pour les douze prochaines années, au moins...

Une démarche par laquelle l’employeur s’engage à poser des gestes, investir les millions nécessaires au maintien de la productivité, de la modernité et de la compétitivité de l’usine, alors que les employés s’engagent à favoriser un climat de travail productif et gratifiant (oui, c’est possible!), dans une démarche honnête de motivation partagée. Une volonté d’instaurer «du bonheur dans la shop», quitte à consentir certaines concessions.

Je rêve d’un modèle de discussion où on sort de l’hier et aujourd’hui pour imaginer demain. De l’affrontement à la coopération… du silence stratégique au dialogue confiant.

Ceci exige toutefois une attitude d’humilité et de transparence… Je nous la souhaite de tout cœur!

Jean-Guy Dubois

Maire de Bécancour