L’auteur de cette lettre réagit à un texte récent du professeur Sylvain Charlebois. Il croit que ce dernier n’a sûrement pas beaucoup de contacts avec les producteurs de lait pour tenir les propos qu’il a tenus. Selon ce producteur laitier, le niveau de détresse psychologique chez les producteurs, et en particulier dans le lait, est plus élevé que la moyenne des autres secteurs d’activité économique.

Une réalité que Sylvain Charlebois ne connaît pas

OPINIONS / En réaction au texte de Sylvain Charlebois intitulé «Payer son lait, deux fois», publié dans notre édition du 3 septembre dernier.

Je réagis aux propos de Sylvain Charlebois écrits le 3 septembre dernier dans ces pages d’Opinions. Malgré les titres longs comme le bras qu’il se donne, je doute qu’il ait déjà mis les pieds sur le plancher des vaches pour comprendre notre réalité.

Dans son propos, que lui seul comprend, il dit que les producteurs de lait sont gâtés par les compensations du gouvernement fédéral. Encore une fois, il sème dans l’opinion publique cette idée que les producteurs de lait, avec le système de gestion de l’offre, sont des citoyens privilégiés. Si c’était vrai, comment expliquer que le nombre de producteurs diminue à un rythme effarant? Au Québec, il reste moins de 4000 producteurs de lait comparativement à 10 fois plus il y a 40 ans. Des milliers de fermes laitières, autant de petites entreprises et lieux de formation et d’épanouissement pour les familles ont disparu. Les campagnes, particulièrement celles des arrière-pays, se vident de leur population. Si ce n’était des producteurs de lait qui résistent, ce serait pire.

Il oublie que l’activité primaire de l’économie basée sur l’exploitation des ressources naturelles est à la base de l’économie dont le secteur tertiaire bénéficie et permet justement de verser son salaire. Il n’a sûrement pas beaucoup de contacts avec les producteurs pour leur infliger une telle désapprobation. Il verrait que le niveau de détresse psychologique chez les producteurs, et en particulier dans le lait est plus élevé que la moyenne des autres secteurs d’activité économique.

Dans son optique, les plus gros sont les meilleurs. Faux. Je connais de petits producteurs qui sont très efficaces et qui dynamisent leur milieu de vie autant sur le plan social que économique. Ses propos sont blessants et offensants. Je cite: «les producteurs laitiers sont des fonctionnaires travaillant pour l’État», «les producteurs s’en foutent, ils ont notre argent maintenant».

Sylvain Charlebois, descends de ton piédestal et viens te mettre les pieds dedans et le nez tant qu’à y être; tu verras que la réalité des producteurs de lait, travaillant sept jours par semaine, 365 jours par année, n’est pas si belle que tu le prétends. J’écris ce texte avec émotion en mémoire de mes parents qui y ont consacré leur vie et en l’honneur de mes enfants qui y consacrent la leur, chacun sur sa ferme respective.

Jean Guilbert

Producteur de lait

Saint-Maurice