Une question de principe

Nancy Goyette est professeure et chercheure au Département des sciences de l’éducation de l’UQTR

J’ai voté pour le rejet de l’offre patronale globale et «finale» de mon employeur.

La raison est aussi simple que celle du recteur à la levée du lock-out: c’est une question de principe. Contrairement à lui, je vais vous expliquer plus en détail deux principes qui ont guidé ma décision: la démocratie et l’humanisme.

Une réelle démocratie à l’UQTR?
Le 12 juin dernier, on nous annonçait la réélection du président et de la vice-présidente du CA de l’UQTR. On peut se poser la question suivante: comment cela se fait-il que ces individus ont été réélus malgré le fait qu’ils ont donné leur approbation à un lock-out sauvage et décrié par les autorités gouvernementales, qui a déstabilisé l’institution pour laquelle ils doivent prendre des décisions éclairées pour sa pérennité?

La réponse est simple. Les gestionnaires universitaires s’appuient sur la loi 38 sur la gouvernance universitaire décrétée à la suite du scandale de l’îlot voyageur de l’UQAM. À cet égard, la constitution des CA universitaires doit intégrer des membres externes, souvent recrutés directement par la direction, œuvrant dans la sphère socio-économique pour veiller, entre autres, à la bonne gestion des finances.

Cependant, on peut sérieusement se questionner sur leur expertise en ce qui concerne le contexte universitaire, malgré une «formation» qui leur est donnée à leur entrée en mandat. Sont-ils vraiment aptes à comprendre un milieu d’enseignement et de recherche complexe comme une université?

Alors que les 440 professeurs sont, par les biais des subventions de recherche et commandites que nous recevons, le principal partenaire socio-économique de cette institution, pourquoi ne détiennent-ils que 18% des sièges du CA contre 50% pour la direction et les membres externes?

Devant ces faits, je ne me sens aucunement représentée dans les décisions de ce CA.

Le principe de la démocratie, dans son sens le plus simple, donne le pouvoir au citoyen. À l’UQTR, vivons-nous une gestion qui permet à tous les membres de la communauté universitaire d’exercer son pouvoir sur les choix de l’institution guidée par des valeurs communes ou faisons-nous face à un système oligarchique guidé par son propre agenda au détriment de tous ? La question vaut la peine d’être posée et débattue.

Une université humaniste, l’UQTR?
Je suis convaincue que l’on peut changer les institutions politiques et sociales pour permettre aux individus le développement optimal de leur plein potentiel. Pour moi, le passage de chaque étudiant dans l’institution universitaire doit constituer une expérience positive où l’on apprend le savoir et le savoir-faire, certes, mais aussi un savoir-être afin de former de libres penseurs capables d’esprit critique.

En toute modestie, ce principe fait de moi une femme d’honneur puisqu’il faudra se battre pour amorcer d’importantes réflexions sur un changement de culture à l’UQTR.

En effet, on peut constater que cette joute politique ne se fait pas dans un environnement où les deux parties travaillent réellement de concert à trouver un terrain d’entente. La mélodie sonne faux du côté de l’administration puisqu’elle a décidé de s’embourber dans le sentier nébuleux de l’entêtement et de stratégies déloyales, pour ne nommer que le lock-out.

Je me demande quel principe conduit l’administration à entreprendre des actions avec autant de mauvaise foi si elle a à cœur le bien-être des professeurs et de la communauté universitaire.

Qu’y a-t-il d’honorable à décréter un lock-out et ne pas négocier dans une volonté de règlement qui permettra une réelle concertation et collaboration entre les parties?

Pourtant, de récentes recherches montrent qu’un environnement de travail qui priorise le bien-être de ses employés permet une meilleure productivité, une meilleure créativité, une augmentation des profits et un plus grand engagement de ces derniers envers l’institution.

Or, nous pouvons sincèrement nous interroger sur les impacts des stratégies patronales sur les relations de travail et l’engagement du corps professoral dans diverses tâches administratives puisque le lien de confiance a définitivement été rompu. Il faudrait dire à l’administration qu’investir sur le capital humain est loin d’être risqué: c’est par une relation franche et sincère entre humains que nous pourrons sortir de cette impasse et reconstruire un sens à la suite de ce gâchis monumental que nous vivons.

J’ai voté pour le rejet de l’offre patronale globale et «finale» de mon employeur. C’est une question de principe. Ne serait-il pas temps de repenser une gouvernance universitaire apolitique où tous les intervenants pourraient bâtir une réelle vision de l’éducation basée sur des valeurs humanistes assurant la prospérité de tous? Gardons en tête que pour affronter les défis du 21e siècle, il faudra les envisager ensemble.