L’auteure de cette lettre, professeur à l’UQTR, fait part de sa tristesse depuis le début du lock-out.

Une prof triste...

Monsieur le Recteur,

Messieurs et Mesdames de la haute administration de l’UQTR,

Messieurs et mesdames du C.A. de l’UQTR,

En lisant la lettre de mon collègue Georges Abdul-Nour publiée récemment dans ces pages, je fus très émue. Émue par le contenu, mais surtout par la considération de mon collègue et sa grandeur d’âme dans ce contexte particulièrement difficile. Que de bonté et d’ouverture dans ses mots.

Depuis le début de ce lock-out, je suis triste. Triste de constater le peu de considération de la haute direction de l’UQTR et des membres du conseil d’administration pour ses professeurs, dont je suis. J’ai terminé mes études à 33 ans. Après ma famille et mes amis proches, il n’y a rien de plus précieux pour moi que mon université, ce qui inclut mes collègues, dont plusieurs sont des frères et sœurs, mes étudiants et étudiantes, mes partenaires, mes projets de recherche et d’écriture qui me touchent droit au cœur. C’est ma vie. Vingt-quatre heures par jour et sept jours par semaine.

Je suis peut-être «trop», mais mes étudiants en stage peuvent me rejoindre en tout temps sur mon téléphone portable. Ils travaillent auprès de délinquants, de personnes dépendantes aux drogues et à l’alcool, œuvrent dans des milieux difficiles où ils ont constamment des décisions sensibles à prendre et qui peuvent changer le cours de leur vie, celles de citoyens, celles des personnes qu’ils et qu’elles accompagnent. Sept jours par semaine, je demeure aussi disponible pour mes partenaires. Qu’il s’agisse notamment de la Maison Radisson, du CIUSSS-MCQ, des communautés autochtones et des Inuit avec qui je travaille chaque jour pour adapter des programmes, améliorer la situation de leurs membres, je suis pratiquement toujours au bout du fil, du courriel ou du texto.

Depuis des mois, je travaille sans relâche avec une collègue de l’Université de Sherbrooke à l’écriture d’un livre très attendu pour soutenir les membres de l’entourage de proches dépendants. Ces personnes qui souffrent de voir leur conjoint, enfant, frère, sœur ou ami trop consommer… Toutes ces pages écrites et validées par mes partenaires des milieux de pratique dorment sur mon bureau; elles attendent la fin du lock-out.

Être prof, c’est ma vie. Je suis là pour les gens que j’aime, pour les causes qui me tiennent à cœur et pour lesquelles je peux contribuer par mes connaissances et surtout, par cette ardeur qui me pousse à tout faire pour être à jour sur les meilleures pratiques dans mon domaine de recherche et les partager avec les gens qui sont sur le terrain pour aider ceux qui souffrent. Ce n’est pas une carrière, c’est une vocation. Pourraient en témoigner plusieurs anciens étudiants qui régulièrement m’interpellent et qui sont devenus des partenaires précieux.

J’aime mon travail. J’aime cette jeunesse, j’aime les défis qui s’offrent à moi. Je suis prof de tout cœur. Du plus profond de mon âme. Je ne comprends pas votre mépris. Je ne crois pas le mériter. Je suis déçue et triste. Redonnez-moi mon travail que j’aime, dans des conditions qui me permettent de bien l’exercer.

Chantal Plourde, Ph.D. criminologie

Professeure titulaire

Chercheuse au CICC, au RISQ et à l’Institut universitaire sur les dépendances

Département de psychoéducation

Université du Québec à Trois-Rivières