Une page qui se tourne

OPINIONS / Henri Richard nous quitte et emporte avec lui un chapitre de notre petite histoire du Québec.

Pendant 50 ans la soirée du hockey sera le rendez-vous des Québécois qui se laissent transporter par la voix de René Lecavalier, qui commente les parties, dont la qualité de syntaxe et le vocabulaire imagé épuré d’anglicismes ont su réveiller en nous la fibre patriotique d’un français bien parlé. Car en 1909, quand l’équipe fut fondée par les anglais, c’était dans le but avoué d’exploiter cette rivalité anglophones-francophones. Mais la créature va s’imposer.

C’est au Forum de Montréal que les Glorieux vont remporter 22 de leurs 24 coupes Stanley. Ce sont des p’tits gars bien de chez nous avec des patronymes bien québécois qui vont s’illustrer le plus. Collés devant leur téléviseur, tous les jeunes s’identifient à leurs vedettes, d’où l’émeute de la Saint-Patrick le 17 mars 1955. Car l’affront que subissait Maurice Richard, c’était un affront fait à tous les Québécois.

De 1956 à 1960, la Sainte-Flanelle remporte cinq coupes Stanley consécutives. Les Flying Frenchmen, ainsi dénommés par nos voisins, ont le vent dans les voiles. Pourtant, en dehors des projecteurs ils redeviennent honnis: ils ne peuvent pas parler français entre eux. C’est ainsi au Québec, à cette époque pas si lointaine, les «boss» sont unilingues anglophones. Impossible de parler français dans les milieux de travail.

Mais le Bleu-Blanc-Rouge est le baromètre du peuple québécois qui découvre ses forces, ses capacités et qui endosse le slogan: «Maîtres chez nous». Bombardier, Desjardins, Hélène et René Léger (St-Hubert) sont les équivalents de nos Béliveau, Rousseau, Plante. Une fierté québécoise s’installe et on ose réclamer le droit de travailler en français. Un nationalisme se développe, on construit des barrages qui font notre renommée.

Le club de hockey des «Habitants» est la franchise la plus légendaire de son sport. Il faut s’enorgueillir de nos réalisations, de nos gloires, de notre langue. En connaissant notre histoire, notre valeur, on maintient la détermination d’être un peuple à part. Henri et Maurice Richard, René Lecavalier, pour n’en citer que quelques-uns, sont des êtres qui ont joué des rôles dont ils ne savaient pas qu’ils en étaient les acteurs mais auxquels le peuple s’est identifié. Ils ont grandi ensemble.

Mais le p’tit gars, l’adolescent qui a suivi religieusement ses idoles auxquels il s’identifiait… eh bien il ne se retrouve plus dans une équipe qui, au départ, se voulait francophone mais qui, maintenant, est à moitié constituée de joueurs québécois. Si je me fie à ce baromètre, la pression est forte et nous pousse vers l’assimilation. Bientôt ils pourront dire ouvertement: «speak white».

Clermont Boies

Nicolet