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Une nouvelle taxe fédérale sur les régions?

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OPINION / L’auteur, Miguel Ouellette, économiste et directeur des opérations à l’Institut économique de Montréal. Il est originaire de Trois-Rivières.

Comme plusieurs d’entre vous, j’ai eu la chance de naître et de grandir dans la magnifique région de la Mauricie-Centre-du-Québec où la densité de la population nous permet de respirer et de profiter de la nature à quelques pas de la maison. Toutefois, cette réalité implique également que nous devons accéder à notre travail, à la pharmacie et aux magasins avec notre voiture, faute de transport public adéquat. Par ailleurs, qui dit grands espaces dit agriculture et industries. C’est la raison pour laquelle, contrairement à Montréal, la prospérité de notre région repose en partie sur la fabrication de biens et sur le secteur primaire comme l’agriculture. Malheureusement pour les gens d’ici et pour ceux d’autres régions plus rurales, le gouvernement Trudeau a instauré une nouvelle taxe qui augmentera le coût du transport et des intrants utilisés dans les secteurs économiques de nos régions.

Une taxe faisant fi de la réalité régionale

Tout d’abord, soyons clairs: les changements climatiques sont réels et il est tout à fait normal de se pencher sur des solutions pour diminuer notre empreinte environnementale. Cependant, la nécessité de mieux protéger notre planète ne donne pas carte blanche à nos gouvernements pour imposer de nouvelles réglementations payantes politiquement, mais coûteuse économiquement.

C’est pourtant ce qui ressort de la nouvelle Norme sur les combustibles propres (NCP) du gouvernement fédéral: une politique à saveur électoraliste destinée à satisfaire une certaine tranche de la population urbaine. Si son intention est noble, soit que le Canada revienne à 30 % sous le niveau d’émissions de gaz à effet de serre de 2005, sa forme manque de flexibilité pour les régions du Québec.

Afin de réduire les émissions de GES tout en favorisant l’usage de combustibles à plus faible intensité en carbone, les entreprises devront respecter la norme, soit en améliorant leur performance environnementale, soit en achetant des crédits d’autres entreprises qui émettent moins de carbone.

En d’autres mots, la NCP aura comme effet d’augmenter les coûts de production et de transport des entreprises industrielles et manufacturières, comme nous en trouvons dans notre région, et de celles qui produisent du pétrole. Sans compter qu’il s’agit d’une politique qui vient s’ajouter à celles qui sont déjà en vigueur.

Comme le mentionne lui-même le ministère de l’Environnement, la facture de la NCP sera en partie refilée aux consommateurs par les entreprises taxées, ce qui aura comme conséquence d’augmenter le prix de l’essence à la pompe de près de 11 cents par litre, nos coûts d’énergie et le prix de certains produits.

Une application universelle coûteuse

Puisque les gens en région ont besoin davantage de la voiture pour se déplacer, ce sont eux qui assumeront une plus grande partie de la facture. En Mauricie-Centre-du-Québec, pour chaque tranche de 1000 habitants, on y trouve environ 650 voitures. À Montréal, ce ratio chute à plus ou moins 380 étant donné la densité élevée de population et la proximité des services.

Bien que l’on puisse instaurer des politiques environnementales en région qui inciteraient les individus à consommer moins de biens polluants, établir une telle norme universelle qui ne tient pas compte de la réalité géographique est déraisonnable.

De plus, l’économie régionale repose bien évidemment sur des secteurs plus industriels et primaires puisque c’est là où on y trouve le plus d’espace pour les usines et les ressources naturelles.

Les citoyens des régions rurales ou moins urbanisées sont donc amenés à polluer davantage pour des raisons géographiques et économiques. Ignorer ce fait démontre une déconnexion inquiétante de la réalité régionale.

Avant d’imposer une nouvelle norme environnementale de ce genre, le gouvernement Trudeau devrait visiter les régions du Québec pour comprendre que la réglementation doit être adaptée. Sachant que le Canada est responsable de seulement 1,6 % des GES émis mondialement, il est économiquement incohérent de mettre autant de bâtons dans les roues de nos régions.

Nous devons tous contribuer aux efforts environnementaux, mais demeurons équitables dans nos politiques publiques.