Une histoire de loups et de moutons

OPINIONS / «Les pires ennemis […] ne sont pas les islamistes radicaux, mais plutôt les forces qui ont colporté la pernicieuse idéologie du libre marché et de la mondialisation en dynamitant les bases mêmes de la société», déplorait Chris Hedges en 2009. Cette réalité est d’autant plus vraie dix ans plus tard.

De la même manière que la religion faisait intégrer ses principes, l’élite au pouvoir fait intérioriser ses valeurs. Si bien que le peuple adhère à une idéologie qui permet à l’élite de tirer profit de son appauvrissement moral, intellectuel et économique. Alors que l’Église catholique nous faisait détester les Juifs, les Musulmans et les athées, aujourd’hui, on nous fait détester les pauvres, les communistes et les environnementalistes, bref, ceux qui ne correspondent pas aux idéologies capitalistes et néolibérales à la mode.

En pleine période électorale, il est temps de réfléchir, et plus que jamais, d’agir pour renverser la vapeur d’un train qui mène droit à l’extinction de la race humaine. En effet, pour certains partis, la préservation de la vie, des droits et de l’égalité humaine n’est plus un idéal à atteindre, mais bien une menace à étouffer. C’est le cas du Parti populaire ou encore du Parti conservateur. Les décisions des chefs qui sont à la tête de ces partis sont souvent manipulées par des entreprises, par un désir de croissance économique exponentielle irréaliste et par une avidité de pouvoir. Nous en sommes au point où la démocratie s’est transformée en ploutocratie, c’est-à-dire un état dirigé par une élite composée de gens riches. Ce mirage de démocratie se traduit par des élections à tous les quatre ans, où le peuple a le pouvoir de décider qui décidera à sa place. Décisions qui sont, la plupart du temps, en faveur de la même élite. C’est pourquoi il est crucial de réformer notre mode de scrutin arriéré qui permet la prise du pouvoir avec seulement l’appui d’une faible proportion de la population.

Ceux qui décrient les failles, les injustices et l’immoralité de ces systèmes politique et économique sont sévèrement punis par le rejet et la critique d’autrui. Si le conformisme ne suffit pas pour les faire taire, on les enferme, comme Chelsea Manning, ou on cherche à les arrêter à tout prix, comme Edward Snowden.

Nous avons raison d’être pessimistes quant à notre avenir, car si rien ne change, la Terre sera anéantie par l’avidité de pouvoir et de richesses. Croire en la possibilité d’une croissance économique basée sur l’exploitation toujours grandissante de ressources naturelles limitées est complètement absurde. Il faut décrier les inégalités et pointer du doigt les responsables. Il ne faut pas craindre la critique et le poids du rejet, parce que, croyez-moi, lorsque le troupeau de moutons est guetté par une meute de loups, vous préférez de loin être le berger avec la lanterne.

Justine Lord, étudiante

Bécancour