L’auteur souligne qu’il a dû annuler avec «incrédulité et amertume» sa participation à l’ACFAS.

Une histoire de cœur à l’UQTR

Professeur en psychologie, j’ai choisi cette profession, car j’aime enseigner. J’aime transmettre, créer, communiquer, partager ce que d’autres m’ont transmis, ce savoir critique avec lequel j’ai la conviction que je contribue à bâtir une société meilleure, plus juste, plus égalitaire. J’aime voir s’épanouir ces étudiants que je côtoie, que je vois grandir, évoluer, débattre, apporter leurs forces vives à une société qu’ils renouvellent par leurs idées, par leur travail assidu, par leurs convictions, par leur altruisme.

Professeur en psychologie, je crois en la résilience de mes étudiants et étudiantes face à l’adversité, je crois en leur potentiel, leurs espoirs. C’est à travers les épreuves que l’on constate à quel point, seuls, nous sommes fragiles. Lorsque se brisent nos idéaux, notre confiance, c’est alors que la confiance et l’espoir de ceux que nous côtoyons nous portent. Récemment, je devais contribuer à un colloque sur l’enseignement des statistiques en sciences sociales au congrès de l’ACFAS. J’ai travaillé plusieurs mois d’arrache-pied avec des collègues de l’Université d’Ottawa, de Montréal et de Chicoutimi pour faire de cet événement un succès, pour contribuer à renouveler l’enseignement de cette discipline dans les sciences sociales. J’ai souvent travaillé 50, voire 60 heures par semaine, pour réaliser ce projet, par passion. Et rappelons-le, la notion d’heures supplémentaires payées n’existe pas dans mon métier de professeur. C’est donc avec incrédulité et amertume que j’ai dû annuler ma participation à ce congrès tant attendu, contraint par une décision inique de la direction de mon université. C’est toutefois avec joie que j’ai vu l’un de mes étudiants relever le défi de prendre le relais, de me remplacer au pied levé pour porter ce savoir que nous avions collectivement créé. Même si je ne serai pas à l’ACFAS cette année, je sais que d’autres portent la flamme, je sais que d’autres sont là, prêts à poser leur pierre, pour continuer à bâtir ce savoir.

Monsieur le recteur, j’aimerais vous rappeler que dans son plan stratégique 2015-2020, l’Université du Québec à Trois-Rivières indiquait vouloir «mobiliser de façon accrue les membres de sa communauté universitaire, en suscitant et en favorisant leur engagement. Elle mettra en œuvre les meilleures pratiques de valorisation des expertises ainsi que d’appréciation des contributions de chacun. L’Université s’engage aussi à offrir un milieu de travail et d’études sain, sécuritaire et motivant». Que restera-t-il de ce slogan une fois ce lock-out terminé? Monsieur le recteur, qu’êtes-vous en train de faire à notre université? Cette université que vous indiquiez avoir tatouée sur votre cœur avant le vote pour votre investiture, à quoi ressemble-t-elle? Si «l’actif le plus important, c’est l’être humain», comme vous l’indiquiez dans ce journal le 10 novembre 2015, à quel être humain faisiez-vous référence? J’ai beau chercher, cet être humain semble être inexorablement traité comme s’il se réduisait à un passif, une colonne de chiffres déficitaires, un bilan déséquilibré. Capitaine, vous disiez vouloir relever le défi de prendre la barre de l’UQTR «à condition de relever le défi ensemble». Cet «ensemble», je ne le vois plus. Capitaine, qu’allez-vous faire de votre navire, si les rameurs ne rament plus? Qu’allez-vous faire d’une université si la flamme des étudiants et des professeurs s’estompe? Cette fierté de bâtir ensemble une université pour notre communauté, pour notre région, ce partenariat indéfectible avec la direction que vous vantiez, est-ce ainsi que vous les bâtissez? En mettant en lock-out vos professeurs, tout en sachant que nous accomplirons bénévolement le travail en retard une fois le lock-out terminé? Même si vos professeurs et vos étudiants continueront de poser leur pierre, de bâtir, Capitaine, sont-ils dupes?

Michael Cantinotti

Professeur au Département de psychologie

Mis en lock-out par l’Université du Québec à Trois-Rivières