Le commissaire de l’Unité permanente anticorruption, Robert Lafrenière, a dû faire le point, récemment, à la suite de l’arrestation du député Guy Ouellette.

Une histoire de corruption qui ne veut pas finir

Vous vous souvenez, il y a plus de cinq ans, les bulletins de nouvelles parlaient de toutes sortes de scandales dans l’industrie de la construction?

Deux journalistes de La Presse dans un livre intitulé Mafia inc. avaient démontré comment la mafia avait tissé ses liens avec les grands entrepreneurs pour se partager les profits juteux des contrats de travaux publics du gouvernement du Québec.

Les révélations de l’existence de la corruption dans la construction couplée à celle dans le financement des partis politiques ont ébranlé les assises de l’Assemblée nationale et frappé de plein fouet la population. 

Ces fraudes généralisées se sont répercutées sur notre moral et ont créé une certaine morosité sociale. Aucun citoyen responsable ne peut accepter de vivre dans un climat de corruption systémique.

Pour enrayer cette pieuvre, le Parti québécois, alors dans l’opposition, s’est dit en faveur de la tenue d’une commission d’enquête publique sur l’industrie de la construction et le financement des partis politiques. Cette prise de position a entraîné dans son sillage une bonne partie de la population qui l’a réclamée à son tour.

Jean Charest s’y est longuement opposé. Au lieu d’une commission d’enquête, il prônait une enquête policière qui se terminerait par l’arrestation des coupables et par leur comparution devant la justice. L’ennui lorsqu’il n’y a qu’une enquête policière, c’est que les gens, une fois inculpés, peuvent plaider coupables, coupant ainsi court au dévoilement de la preuve. Et les citoyens avides de savoir restent sur leur faim!

Après avoir produit quelques feux d’artifice, le dernier étant celui de Tony Accurso, il faut admettre que la Commission Charbonneau a connu plus souvent qu’à son tour des passages à vide. Les travaux de la Commission ont pris fin en date du 25 novembre 2015. Le «spectacle» a débouché sur un rapport où les commissaires France Charbonneau et Renaud Lachance ont exposé leur division sur un élément capital de leurs conclusions, soit l’existence d’un lien entre contrats publics et dons politiques au provincial.

C’est ici qu’intervient le judiciaire. Depuis sa création en 2011, le commissaire Robert Lafrenière est à la tête de l’UPAC (Unité permanente anticorruption). Jusqu’ici, le gouvernement a soutenu et exaucé presque tous les souhaits du commissaire. Une quarantaine d’enquêtes sont en cours. 

Parmi les faits d’armes réussis: l’arrestation et l’emprisonnement de l’ex-maire Gilles Vaillancourt de Laval et de l’ex-maire Michael Applebaum de Montréal. Rappelons aussi l’arrestation de sept personnes, dont l’ex-vice-première ministre libérale Nathalie Normandeau et l’ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté. 

Ils font face à plusieurs chefs d’accusation, notamment de complot, de corruption, de fraude et d’abus de confiance. Plusieurs sociétés ont été soupçonnées et visitées: Roche, Hydro-Québec et cinq municipalités de la couronne nord, mais aucune accusation. Même scénario dans la saga de cette semaine avec le député libéral Guy Ouellette arrêté par l’UPAC et libéré sans accusation. 

Par ailleurs l’Autorité des marchés financiers (AMF) est soupçonnée d’avoir mis en place un stratagème de pots-de-vin obligatoires exigés des entrepreneurs – ce qu’elle nie avec véhémence – s’ils veulent avoir le droit de soumissionner pour des contrats publics. Allégations qu’elle nie avec véhémence. Et… à son tour l’UPAC fait aussi ou fera l’objet d’une enquête.

Nous nous posons la question: l’UPAC veut-elle un show ou des résultats probants? La population attend d’être rassurée sur le sérieux de ses enquêtes: preuves incriminantes irréfutables; elle attend surtout les résultats de l’opération Mâchurer démarrée en 2013 et qui porte entre autres sur l’implication possible de l’ancien premier ministre Jean Charest. 

Roger Greiss

Shawinigan