Une génération sous les flocons

Portant l’oreille au concert cacophonique des récriminations de l’heure, on tombe de plus en plus sur des accusations en règle d’une génération qui en pointe une autre du doigt pour l’état des lieux planétaire. Les baby-boomers seraient les principaux responsables du délabrement de notre écosystème et des horribles changements climatiques qui vont tous nous emporter. Une génération ou deux seraient donc nées dans un monde lourdement hypothéqué par les agissements de leurs prédécesseurs et tiendraient à leur faire savoir. Comme si l’industrialisation était née après la Seconde Guerre mondiale, tel un champignon spontané sans antécédents historiques.

On peut comprendre le désarroi des milléniaux d’être la première génération à qui est offert un horizon comportant une date d’expiration. Après tout, il a toujours été le propre de la jeunesse de rêver à un monde meilleur et de vouloir le faire advenir. Cela n’est pas à dénigrer et comporte au contraire un bassin d’enthousiasme sans lequel notre monde ferait du sur-place depuis des éons. Seulement voilà, cette lecture de notre époque condamnée s’articule autour d’une certaine hypocrisie.

Ce n’est pas l’attitude je-m’en-foutiste ou l’inconscience d’un gaspillage sans lendemain d’une génération en particulier qui sont principalement en cause ici, mais bien davantage les traits inhérents de notre caractère et de notre espèce. Cette cohorte des Trente Glorieuses est certes celle qui inaugura la société de consommation, mais nous sommes tous le produit d’une époque et de sa culture bien unique, et cela, personne n’y a jamais échappé. Ne choisissant ni le lieu ni l’ère de notre naissance, nous sommes tous également confrontés à ce qui se trouvait là quand notre maman nous a enfin évacués. Il est admis depuis longtemps que les conditionnements de notre époque sont beaucoup plus fondateurs de notre identité et de nos convictions qu’une quelconque série de traits de personnalité ou de dispositions innés. N’importe quel baby-boomer qui serait né un demi-siècle plus tard se serait comporté comme un millénial, pas comme un baby-boomer. La seule caractéristique commune à toutes les générations est celle du comportement navrant de notre race, la plus basse qui soit dans la Voie lactée, mais je n’entre pas là-dedans, car il y a un trou noir au centre.

La cupidité sans fond n’est pas l’apanage d’une génération plus que la vertu le serait. Chaque cycle de naissances comporte son lot d’êtres extraordinaires et de sacs à merde. Notre voisin méridional nous en offre un bel exemple; ça va de Trump à Obama. Ainsi, attribuer la masse des torts à une génération plus qu’à une autre relève d’une affabulation d’autruche. C’est pratique et facile de rejeter le blâme sur autrui quand presque tout a été saccagé avant même que l’on ait eu le temps de prononcer notre premier mot, pour ceux qui parlent. Certains devraient se taire et faire un examen de conscience sociohistorique avant de tirer à boulets rouges sur leurs ancêtres immédiats. Auraient-ils fait mieux à leur place? Le tout à soi nombriliste et l’épiderme de papier de soie de ceux et celles qui ont suivi les Y nous en feraient douter. Est-ce là une généralisation odieuse? Bien sûr que si, tout comme celle que j’aborde ici. Encore une fois et comme toujours, seule la sincérité pourrait nous sortir de ce débat acrimonieux intergénérationnel.

Nous subissons les conséquences ultimes d’un monde galvaudé qui s’est mis en place au milieu du XIXe siècle et tant qu’à chercher des coupables, il faudrait, selon la logique décriée ici, diriger notre opprobre vers ceux qui se sont enthousiasmés devant les premières prouesses de l’ère industrielle, mais bien davantage devant la ploutocratie de cette époque, où quelques oligarques financiers ont déterminé pour longtemps d’avance l’échiquier qui allait nous rendre échec et mat. Mais cet autre aspect – qui est le même – prendrait deux fois plus d’espace, et il y en a d’autres qui voudront aujourd’hui aborder d’autres sujets.

Guy Buckley

Génération X

Champlain