Une économie plutôt qu’une dépense!

Les auteurs, Steven Roy Cullen et Valérie Delage, étaient candidats de Québec solidaire dans les circonscriptions de Champlain et de Trois-Rivières. Ils réagissent ici à la lettre de Jean Panneton intitulée «Couper les vivres à l’école privée?», publiée dans notre édition du mardi 16 octobre.

La proposition de Québec solidaire à l’effet de mettre fin au financement public de l’enseignement privé imposerait-elle à l’État une dépense de quelque 600 millions de dollars comme le soutenait l’auteur d’une lettre publiée dans la section Carrefour des lecteurs, mardi, le 16 octobre dernier? Très peu probable! Même que, au contraire, cette mesure devrait se traduire par une économie d’importance pour le Trésor public.

Pour en arriver à la conclusion d’un coût additionnel d’une telle ampleur, il faut faire l’hypothèse que la fin des subventions au privé provoquerait la fermeture de tous les établissements d’éducation privés et que tous ceux et celles qui les fréquentent seraient intégrés au secteur public. Une hypothèse que réfutent toutes les études sérieuses sur la question, notamment celle que la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) présentait en 2014 concernant le financement public de l’enseignement privé et ses conséquences sur le réseau des écoles publiques. Parmi les scénarios de réduction du financement public étudiés, on prévoyait la terminaison du financement gouvernemental. Selon ce scénario, c’est à 35% que s’élèverait le pourcentage des élèves passant du privé au public.

Ce chiffre relativement bas peut étonner au premier coup d’œil mais l’étude de la FCSQ démontre que la majorité des familles dont les enfants fréquentent les écoles privées disposent de revenus leur permettant de «faire le choix du privé» même si celui-ci n’est plus subventionné.

Faisons maintenant un simple calcul. L’auteur de la lettre indiquait que les écoles privées accueillent actuellement 121 000 élèves. Sur la base du 35 % de transfert avancé dans l’étude de la FCQS, c’est 42 350 élèves provenant du privé qui se retrouveraient au public. Le coût des services éducatifs étant estimé à 7750 $ par élève, la Fédération en conclut que l’arrivée de ces nouveaux élèves engendrerait une dépense additionnelle de 310 millions $.

Par contre, le fait de ne plus débourser les 494 millions $ versés au secteur privé équivaudrait à une économie nette de 184 millions $ pour l’État québécois. On est loin des 600 millions $ de dépenses additionnelles prévues par l’auteur de la lettre.

Et on ne parle ici que des économies monétaires pour l’État. Que dire maintenant des avantages éducatifs et des bénéfices sociaux que représenterait l’intégration d’un nombre important d’élèves du privé au public? Une intégration qui ne peut que contribuer à une meilleure performance du système scolaire dans son ensemble. Un comité d’experts mandaté par le ministère de l’Éducation écrivait d’ailleurs en 2014: «les élèves qui sont plus à risque d’échouer pour des raisons liées à leur statut socioéconomique ou à leur origine ethnique, bénéficient significativement de la présence d’élèves forts dans leur classe, alors que les élèves forts ne sont pas pénalisés par la composition hétérogène de leur classe.»

De plus, la fin des subventions aux écoles privées permettrait d’en finir une fois pour toutes avec un grand problème d’iniquité dans notre système d’éducation. Il est en effet profondément injuste que tous les parents payent via leurs impôts des subventions aux écoles privées, même s’ils n’ont pas les moyens d’y envoyer leurs propres enfants ou qu’ils vivent dans des régions ne disposant pas d’écoles privées à proximité.