L’archéologue Jean-Yves Pintal a parlé fièrement mardi de la découverte des fortifications dans le Vieux-Québec. L’auteure de cette lettre souhaite que le gouvernement accorde autant d’importance aux revendications du service d’archives privées agréé (SAPA) qu’à cette découverte.

Une découverte qui prend les traits de l’enfant prodigue

Une découverte majeure dans le Vieux-Québec. Les bases des fortifications de 1693 sont mises au jour. Le 6 novembre, une conférence de presse s’est déroulée en présence de plusieurs dignitaires influents. Une mobilisation peu commune pour souligner cette découverte et sauver ces artéfacts «gorgés d’eau», des mots mêmes de la ministre de la Culture et des Communications, madame Nathalie Roy.

Sans aucun doute, une extraordinaire découverte, et bravo aux archéologues.

La ministre a aussi parlé du bonheur de «s’approprier un segment de notre histoire», de «protéger» cette découverte afin que nous «tous et toutes puissions en profiter», ajoutant que cette découverte doit nous rendre tous «fiers de notre patrimoine, fiers de notre histoire».

Puis vint la toute première question de la part d’un journaliste: quel sera le budget requis? Question légitime. On veut savoir combien l’État québécois va investir. La ministre s’est empressée de préciser que les suites de cette découverte relèvent maintenant du Centre de conservation du Québec et qu’il y aura, entre autres, selon des normes et procédures très strictes, des étapes de déplacement des structures, leur séchage et leur entreposage. Des chiffres plus détaillés viendront plus tard.

En tant qu’archiviste ayant travaillé pour un service d’archives privées agréé (SAPA), j’éprouve bien sûr de la fierté pour ces archéologues et pour leur inestimable contribution à notre histoire. Pourquoi donc alors, comme si j’étais la sœur de l’enfant prodigue, ce petit pincement au cœur face au manque de considération des instances gouvernementales en ce qui a trait aux revendications répétées des SAPA? Ils œuvrent pourtant, eux aussi, à protéger, traiter et rendre accessibles notre patrimoine, notre histoire, ces archives privées d’individus, familles, commerces et industries émanant des collectivités. Leurs réclamations durent depuis tellement d’années.

Si des chiffres plus détaillés sont attendus pour les suites à donner à cette prestigieuse découverte, les sommes requises pour un meilleur investissement de l’État dans les SAPA, implantés dans toutes les régions administratives du Québec, au sein de plus de 35 circonscriptions électorales, elles, sont connues.

Il y a, certes, urgence d’agir pour éviter le gel, dans le cas de la palissade. Il est tout aussi primordial pour la ministre Roy d’éviter les fermetures et les pertes d’emplois imminentes dans certains SAPA.

Comment Bibliothèque et Archives nationales du Québec et le ministère de la Culture et des Communications du Québec peuvent-ils réellement penser soutenir le développement du secteur des archives privées au Québec et promouvoir la conservation et l’accessibilité d’une riche et abondante documentation sans un financement approprié?

Suzanne Girard

Archiviste à la retraite

Trois-Rivières