Une nouvelle directive du ministère de la Famille interdit désormais aux enfants des demandeurs d’asile de fréquenter un service de garde subventionné du Québec, ce qui suscite stupéfaction et colère dans plusieurs milieux.

Une décision injustifiable qui touche les familles les plus vulnérables

L’auteure, Véronique De Sève, est vice-présidente de la CSN.

Stupéfaction et colère, voilà ce qu’inspire d’emblée la nouvelle directive du ministère de la Famille qui interdit désormais aux enfants des demandeurs d’asile de fréquenter un service de garde subventionné du Québec.

Comment peut-on moralement justifier cette seule exclusion, alors qu’absolument toute autre personne résidente du Québec est admissible à ces places à contribution réduite quelle qu’elle soit: citoyenne, résidente permanente, titulaire d’un permis de travail ou d’un visa d’étudiant étranger, récipiendaire d’une bourse d’études du gouvernement du Québec, reconnue en tant que réfugiée, titulaire d’un certificat de sélection délivré en vertu de la Loi sur l’immigration au Québec, titulaire d’un permis de séjour temporaire en vue de l’octroi éventuel de la résidence permanente, etc.

Le ministre de la Famille justifie sa décision par une question de rôle à jouer entre les gouvernements fédéral et provincial. Pendant ce temps, ce sont des familles, principalement des femmes et des enfants, parmi les plus vulnérables de la société, qui sont exclues, laissées à elles-mêmes. Comment justifier cette exclusion des demandeurs d’asile alors que les délais pour obtenir une réponse concernant leur statut s’échelonnent trop souvent sur plusieurs années? Le gouvernement provincial a le devoir d’agir et de rétablir la situation. Il lui appartiendra ensuite de s’assurer que le fédéral assume ses responsabilités.

Par ailleurs, comment expliquer la confusion qui règne en ce qui concerne le droit à l’éducation de ces enfants, alors que leurs parents ont le droit de travailler et donc l’obligation de payer des impôts? Pourquoi ont-ils le droit de fréquenter l’école, du primaire jusqu’au collégial, mais n’ont-ils pas le droit aux services éducatifs à la petite enfance comme tous les autres enfants du Québec? Ces enfants ne devraient-ils pas avoir les mêmes droits que tous les autres en vertu des nombreuses conventions internationales dont nous sommes signataires?

Comment votre gouvernement peut-il justifier telle aberration, alors qu’il affirme que:

– Les services de garde éducatifs jouent un rôle crucial dans la réussite éducative;

– Les services de garde sont essentiels à la conciliation familiale et à l’égalité des sexes;

– La participation des femmes au marché du travail est un facteur clé du développement;

– Les employeurs québécois ont besoin de maind’œuvre étrangère pour fonctionner;

– L’insertion en emploi est le principal moyen d’intégration des personnes immigrantes;

– La francisation est cruciale pour assurer l’employabilité des personnes immigrantes;

– Le Québec est le «paradis des familles»…

Ce n’est certainement pas faute de moyens qu’on peut justifier cette exclusion insensée: les surplus réalisés depuis trois ans totalisent plus de 11 milliards de dollars, en y incluant la part dédiée au Fonds des générations. Le gouvernement doit revenir sur sa décision. Il en va de l’avenir de plusieurs familles qui bâtiront le Québec de demain.