La Marina de Trois-Rivières existe depuis 1977.

Une crise politique en vue à la Marina?

OPINIONS / La Marina de Trois-Rivières Inc. est un organisme sans but lucratif (OSBL) créé en 1977 dans un but de fournir des quais et des services aux plaisanciers. Elle paye à la Ville de Trois-Rivières la location d’une petite partie à l’est de l’île Saint-Quentin, près du fleuve. Ceci inclut en gros une lisière gazonnée sur le bord de l’eau, un stationnement pour hiverner des gros bateaux, un local d’administration et l’accès aux toilettes et aux douches. Elle possède ses quais. Elle fournit un port sécuritaire pour bateaux. Le stationnement automobile appartient à l’Île. Elle couvre ses dépenses par les cotisations, par la location de ses quais et l’entreposage hivernal ainsi que par les services de ravitaillement aux besoins. Elle crée une dizaine d’emplois saisonniers.

Annuellement, plus d’un millier de visiteurs y font escale et vont dépenser dans l’économie de Trois-Rivières. Contrairement au mythe entretenu, la majorité des plaisanciers ne sont pas des gens fortunés. Avec ses 42 ans d’expérience, la Marina soutient la plaisance locale et les visiteurs qui naviguent sur le fleuve. Elle n’a aucun lien avec le futur «Yacht Club de Trois-Rivières» privé de Trois-Rivières sur Saint-Laurent, que l’on doit aider à implanter.

Depuis le 31 décembre 2016, le bail de la Marina n’est toujours pas renouvelé, et ce, même si les pourparlers et les négociations ont lieu avec la Ville depuis quatre ans. Sous toute réserve, les pourparlers avaient pour objet, entre autres, un ajustement des aires utilisées et d’assurer que la Ville fournisse les services attendus. D’une rencontre à l’autre, et d’un fonctionnaire à l’autre, le projet de signature a été reporté systématiquement. Ces petites manœuvres, en apparence anodines, se sont soldées par un retard significatif. Sans bail, la Marina doit restreindre l’investissement dans sa pérennité.

Mais outre les retards, les choses se sont envenimées, et avec le temps, c’est devenu suspect. De son côté, la Corporation de l’Île Saint-Quentin (CISQ), créée en 1982, est une organisation mandatée et subventionnée par la Ville de Trois-Rivières pour gérer cette île. Son territoire est mitoyen à celui de la Marina. La CISQ s’occupe du reste de l’île, entre autres pour l’entretien et la gestion de loisirs, etc. Le conseil d’administration de la CISQ est composé de plusieurs conseillers municipaux, d’autres intervenants externes et même du commodore (président) de la Marina.

Après avoir appris que la CISQ travaillait sur un gros plan de développement confidentiel, comme par hasard, la Marina s’est fait imposer des clauses incohérentes par la Ville, parfois loufoques et issues de l’ignorance. Voici un exemple: la Marina doit mettre fin pour 2022 à l’aire d’entreposage hivernal prévue pour une centaine de gros bateaux afin d’y planter des arbres, ou de faire la sortie des bateaux à Cap-de-la-Madeleine, à travers une zone dangereusement exposée au trafic de la voie maritime.

En échange de la signature du bail, la Ville impose maintenant la réduction de sept à six le nombre de membres élus du CA actuel de la Marina, mais en y forçant l’ajout de trois membres externes (ex.: conseiller municipal, fonctionnaire, etc.).

La Marina est un OSBL souverain qui n’est pas en faillite et ne dépend pas de subventions, à part quelques emplois de réinsertion sociale. Elle est en règle par ses actes constitutifs sous la Loi sur les compagnies. Mais ses actifs sont certes convoités par d’autres organismes. La Ville a le devoir de réserve, et doit rester complètement indépendante des entreprises sur son territoire, pour éviter tout conflit d’intérêts. Sinon, ça deviendra un précédent dangereux pour les citoyens de Trois-Rivières.

Claude Villemure

Trois-Rivières