Me Gilles Poulin a été greffier de la Ville de Trois-Rivières de 1990 à 2017

Une coûteuse démission

Rares sont les politiciens qui savent quitter la politique avant que celle-ci ne les quitte. À l’automne 2017, Yves Lévesque a manqué de sagesse et d’humilité en sollicitant un cinquième mandat au poste de maire de la nouvelle Ville de Trois-Rivières et en refusant de reconnaître qu’il avait fait son temps, qu’il n’était plus l’homme de la situation et que notre municipalité avait besoin d’un leadership renouvelé pour, notamment, faire face aux défis sociaux et environnementaux de notre époque.

Voilà pourquoi, le 17 octobre 2017, j’ai publiquement invité les Trifluviens à le congédier. Mais, le 5 novembre suivant, 26 503 électeurs – sur les 107 437 qui étaient inscrits sur la liste électorale (24,66 %) – l’ont reporté au pouvoir...

Même s’il avait affirmé qu’il terminerait son mandat, voilà qu’il démissionne. Officiellement, pour des raisons de santé.

Il faut savoir que, depuis le 10 juin 2016, l’article 31.0.1 de la Loi sur le traitement des élus municipaux prévoit qu’une personne qui démissionne en cours de mandat n’a droit à une allocation de départ ou à une allocation de transition qu’«à la condition que sa démission soit justifiée par des raisons familiales sérieuses ou par un problème de santé important affectant un membre de sa famille immédiate ou elle-même.»

Heureusement que M. Lévesque se retire pour des raisons de santé (et non pour se porter candidat aux élections fédérales du 21 octobre 2019 pour le Parti conservateur) car il aurait été privé d’un joli magot:

• environ 123 000 $ à titre d’allocation de départ [soit, selon l’article 30.1 de la Loi, sa rémunération d’une quinzaine (5148,15 $) X nombre d’années de service (24)];

• 133 852 $ à titre d’allocation de transition [soit, selon l’article 31 de la Loi, sa rémunération trimestrielle (33 463 $) X nombre d’années complètes (19) pendant lesquelles il a été maire, le résultat ne pouvant excéder quatre fois celui de sa rémunération trimestrielle].

Ces montants – auxquels il a droit – sont des minimums, car ils seront majorés pour tenir compte de la rémunération qu’il a touchée en 2018 de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie où il représentait la Ville.

Et que dire du coût de l’élection partielle qu’il faudra organiser et tenir vers la mi-mai 2019? C’est une dépense de l’ordre de 750 000 $ que les Trifluviens devront supporter.

Je ne sais pas si notre ex-maire retrouvera la santé pour faire le saut sur la scène fédérale. Une chose est certaine, je ne souhaite pas que des politiciens, ayant siégé à Québec ou à Ottawa, traînent leur «boulet» sur la scène trifluvienne et tentent de s’y recycler. Après 17 ans de règne Lévesque, notre démocratie municipale mérite mieux que des «ex»!

Me Gilles Poulin, notaire honoraire

Greffier de la Ville de Trois-Rivières de 1990 à 2017