Le maire de Shawinigan Michel Angers souhaite bien réglementer l’usage du cannabis dans sa municipalité.

Une cohabitation respectueuse est nécessaire

L’auteur, Michel Angers, est maire de Shawinigan. Il a répondu à l’invitation du Nouvelliste en écrivant ce texte, offrant le point de vue d’un gouvernement de proximité dans le contexte de la légalisation du cannabis.

Depuis le 17 octobre, la loi fédérale sur la légalisation du cannabis est en vigueur. Évidemment, c’est une loi qui fait couler beaucoup d’encre jusqu’à maintenant et qui suscite de vifs débats! L’objectif premier poursuivi par le gouvernement fédéral était de contrer le marché noir de la vente de cannabis. D’ailleurs, plusieurs États américains, dont celui du Maine, ont légalisé la possession de cannabis à des fins récréatives.

Pour ma part, j’aurais de beaucoup préféré la décriminalisation plutôt que la légalisation. Ceci étant dit, les municipalités doivent prendre acte de cette situation et se gouverner en conséquence.

Quand on dirige une ville, cette nouvelle loi nous confronte à deux réalités. La première, celle qui fait le plus jaser, est évidemment l’identification des endroits où la consommation du cannabis sera permise. Jusqu’à maintenant, Québec laisse le soin aux municipalités d’appliquer une réglementation plus restrictive. Ce qui nous amène à ces deux tendances lourdes qui s’affrontent, soit une application minimale qui s’apparente à la cigarette ou une interdiction dans tous les lieux publics.

À Shawinigan, nous avons plutôt opté pour la première tendance. Le débat ici n’est pas de savoir si nous sommes pour ou contre la légalisation du cannabis. Notre devoir de bien réglementer son usage. Comme tous les conseils municipaux du Québec, nous avons eu de longues discussions sur cette épineuse question!

Notre premier objectif était d’abord et avant tout de protéger la population et particulièrement les enfants contre les inconvénients reliés à la fumée du cannabis. Et dans la mesure du possible, nous ne souhaitions pas que nos enfants puissent côtoyer les fumeurs de cannabis. C’est la raison pour laquelle nous avons interdit sa consommation dans l’ensemble des parcs où il y a des modules de jeux et des plateaux sportifs. À cela s’ajoutent les plages et les quais où se retrouvent nos familles.

Nous avons également élargi la réglementation aux quatre principales artères commerciales de la ville, là où on pourrait vendre le produit à la société du cannabis du Québec. Et tout cela en vue de nous assurer que les citoyens et les citoyennes soient le moins possible incommodés par la fumée.

Notre deuxième objectif, comme employeur, sera de munir la Ville d’une politique qui va donner les outils nécessaires pour nous assurer que nos employés n’entrent pas au travail intoxiqués. C’est vrai pour l’alcool et ce sera aussi vrai pour le cannabis!

La légalisation du cannabis n’était certainement pas notre choix. Mais comme pour l’ensemble de nos citoyens, nous devons faire avec! Cette nouvelle réalité. Nous devons toutefois tenir compte de l’avis émis par la santé publique du Québec qui nous recommande d’éviter fortement de ghettoïser la consommation dans des endroits fermés. Pour ma part, je crois qu’il serait utopique de penser que nous allons empêcher les consommateurs actuels de continuer leurs pratiques de consommation. Je ne crois pas non plus que la Sûreté du Québec pourra appliquer de façon systématique une réglementation beaucoup trop rigide et trop étendue avec les effectifs actuels.

Il suffit de voir les quantités astronomiques de cannabis qui sont consommées au Québec pour réaliser l’étendue de la situation. Je suis toutefois convaincu que ces nombreux consommateurs seront respectueux de la population comme la très grande majorité d’entre eux le sont présentement. Si nous pouvons détourner une partie de la consommation du crime organisé, ça sera un premier pas dans la bonne direction.

Il est bien évident qu’à l’approche de cette nouvelle législation, beaucoup de gens s’inquiètent et s’agitent comme c’est souvent le cas face à l’inconnu. Du côté de la Ville de Shawinigan, nous allons surveiller de très près l’évolution de la situation. Et nous ferons les ajustements nécessaires. Mais nous sommes convaincus qu’il sera possible d’y avoir une cohabitation respectueuse pour l’ensemble des citoyens.