Une année riche pour les employés, moins pour les OBNL

OPINIONS / Je m’adresse ici au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale et à celui de la Santé et des Services Sociaux. La dernière année a été enrichissante pour vous et pour les personnes «handicapées» ou éloignées du marché du travail. Mais qu’en est-il pour les OBNL, les organismes qui aident et qui emploient ces personnes?

Dans Le Nouvelliste du samedi 21 décembre 2019, le ministre Jean Boulet dit qu’il est particulièrement fier de cette mesure: «les 238,5 millions de dollars sur cinq ans pour la Stratégie nationale pour l’Intégration et le maintien en emploi des personnes handicapées 2019-2024». À cela est venue s’ajouter la hausse du salaire minimum de 0,60 $ l’heure, qui passera à 13,10 $ le 1er mai 2020.

Cette nouvelle (la hausse de salaire minimum) m’a fait sursauter. Je travaille depuis presque 18 ans dans une entreprise d’économie sociale qui accueille une clientèle isolée et vulnérable. Le SIT Mauricie existe depuis plus de 20 ans et il a accueilli presque un millier de travailleurs depuis sa fondation. Actuellement, le SIT offre un travail à plus de 200 personnes dans quatre villes de la Mauricie (Shawinigan, Saint-Tite, Trois-Rivières et Louiseville). Notre clientèle «souffre» de problèmes de santé mentale, comme moi, et ils rêvent tous d’une meilleure situation financière. Comme moi.

Les organismes communautaires comme le SIT Mauricie ont aussi besoin de main-d’œuvre. Les subventions salariales sont monnaie courante pour nous. En fait, elles sont cruciales et essentielles, car elles permettent au SIT d’embaucher davantage de personnes éloignées du marché de l’emploi. Toutefois, ces subventions sont d’une durée limitée et même, si le but de la subvention salariale est de conserver le nouvel employé qui s’est démarqué dans le milieu de travail, il est difficile pour un organisme communautaire comme le SIT de le faire.

Pourquoi? Parce que le salaire minimum augmente chaque année et, bien que ce soit un bel effort et une magnifique initiative de la part du ministre de Travail, le financement des entreprises d’économie sociale et des OBNL n’augmente presque pas.

Le SIT a droit également à des CIT (contrats d’intégration au travail) pour lui permettre d’embaucher des personnes avec des problématiques de santé mentale. Ces dernières sont récurrentes et couvrent une partie du salaire. Malheureusement, le taux de subvention par Emploi Québec diminue chaque année.

Personnellement, j’ai le privilège d’avoir un emploi subventionné (CIT) depuis 2002. À mon embauche, j’étais subventionnée à 80 %. Maintenant, je le suis à 53 %. De plus, auparavant, le SIT avait onze CIT. Aujourd’hui, il n’en a que six. Et le tout est gelé à cause des règles administratives d’Emploi Québec. Impossible donc pour l’organisme d’embaucher de nouveaux employés éligibles à un CIT alors qu’il serait bénéfique pour la personne de venir travailler au SIT… ça lui permettrait de travailler dans une entreprise adaptée à ses besoins et, surtout, de se sortir de la pauvreté!

Je remercie le ministre de notre région de veiller au bien-être des personnes exclues et marginalisées avec ses nouvelles politiques afin de leur offrir une opportunité d’emploi et la chance de se sortir de la pauvreté. Là où le bât blesse, c’est que les OBNL n’ont pas les moyens de payer des personnes comme moi s’ils ne sont pas subventionnés. Donc, dès que la subvention salariale est terminée, la direction doit prendre la difficile décision de ne pas conserver ces personnes et donc de les retourner «à la case départ». Bien sûr, ils ont acquis de l’expérience, mais s’ils sont tombés en amour avec le communautaire et qu’ils y sont heureux, comme moi, leur chance de travailler dans un organisme à but non lucratif est nulle.

Pour les CIT, comme ces subventions sont gelées, l’organisme ne peut engager de nouvelles personnes si ce dernier a atteint son «quota». Alors, malgré les investissements, ceci empêche la personne de choisir le milieu de travail qui serait le mieux pour elle!

Il ne faut pas oublier que la hausse de 0,60 $ au 1er mai du salaire minimum coûtera au bas mot près de 25 000 $ annuellement à l’organisme. Et ce, sans tenir compte de la troisième semaine de congé «payée» pour les employés avec trois ans d’ancienneté. Je me répète: ce sont des mesures exceptionnelles et pleines de bon sens pour ces derniers. Mais que reçoit l’OBNL pour lui venir en aide? Rien ou presque! Car même une augmentation de son financement de 1 % ou 2 % selon les années (provenant du Ministère de la Santé) ne permet pas de couvrir cette augmentation salariale. C’est l’organisme même qui finit par se retrouver en situation de pauvreté!

Guylaine Boilard

Salariée au SIT Mauricie

Trois-Rivières