L’auteur de cette lettre dénonce le système électoral actuel et expose son choix pour le mode de représentation proportionnelle.

Un système électoral qui se nécrose lentement

L’attitude de notre système politique avec son cirque médiatique est tellement méprisante pour la population que l’on peut facilement comprendre qu’un faux «Messie» comme Donald Trump puisse être élu président; un peu comme les gens désespérés trouvent refuge dans les sectes.

Lors des campagnes électorales, la routine journalière imposée par les médias est établie en fonction des journalistes qui suivent les chefs dans leur autobus. Ils ont alors trente minutes pour faire la synthèse des propositions du matin. Par la suite, ils passent le tout dans la moulinette pour transmettre «la nouvelle du jour». Sans surprise, on retrouve alors les mêmes «clips», partout dans les médias, qui seront galvaudés par les experts et leurs coanimateurs toute la journée: Mario Dumont, Les ex, La joute, Mordus de politique, etc., sans compter, les infos, le téléjournal, le 12 heures, le 18 heures, les 22 heures, sans oublier le régional. Si bien qu’à la fin de la journée, on n’a toujours pas les plans d’action généraux des différents partis, seulement des enfantillages comme: «ma promesse est plus grosse que la tienne», «mon candidat est plus honnête que le tien» et «Où allez-vous prendre l’argent pour faire tout ça?» Pour les journalistes, c’est un monde idéal, on leur sert un petit pot de nourriture pour bébé chaque matin; ils n’ont même pas besoin de mâcher.

Que dire des sondages commandés par les partis et les médias qui viennent empoisonner la période électorale? Ça devient le pain et le beurre des analystes et commentateurs politiques. Ils passent une bonne partie de leur temps à jongler avec ces montagnes de chiffres, n’hésitant pas à faire des hypothèses les plus insolites. Ce qui est plus désolant, c’est que beaucoup de gens font leur choix en raison des «chances de gagner» d’un parti politique et non pas des idées qu’il défend. En raison de cette attitude, les tiers partis n’ont donc aucune chance d’être élus, peu importe le bien-fondé de leurs projets de société.

Pour remédier à ce problème, il faudrait mettre en place le mode de représentation proportionnelle, un outil qui permettrait à tous les citoyens de présenter une foule d’idées qui sortent des sentiers battus avec la possibilité qu’elles soient entendues lors des débats parlementaires.

Par malheur, c’est un outil qui va à l’encontre du système à parti majoritaire unique. Avant les élections, tous les partis sont d’accord avec ce mode de scrutin, puisqu’ils sont dans l’opposition; mais, une fois au pouvoir, ils veulent y rester, c’est pourquoi M. Couillard a refusé de s’engager lors du débat de 2018, rêvant déjà à sa casquette de premier ministre.

Selon le même raisonnement, Justin Trudeau a gagné son élection de 2014, en faisant «la promesse solennelle» de changer le mode de scrutin; mais, une fois porté au pouvoir avec la majorité, il a immédiatement renié sa promesse sous prétexte qu’il n’y avait pas consensus. Bien sûr, les libéraux majoritaires ne pouvaient pas risquer de retourner dans l’opposition; ce sont eux qui ont brisé le consensus. Pourtant les Québécois auraient dû se rappeler l’adage bien connu: «Tel père, tel fils.»

Pour terminer, il y a encore un autre irritant, celui des élections à date fixe. Une décision, qui sur le plan pratique s’est avérée catastrophique. Le parti au pouvoir peut faire son autopromotion à même les fonds publics, six mois avant le déclenchement officiel. C’est assez pour provoquer «l’écœurantite aigüe» de la population envers la vie politique. Ce qui est encore plus sarcastique de cette loi, c’est que le premier ministre peut, en tout temps, demander au lieutenant-gouverneur de dissoudre le parlement avec une bonne raison comme: «je suis écœuré de l’opposition.»

Gaétan Yelle

Trois-Rivières