photo: Sylvain Mayer Parc riviere Batiscan

Un seul mois est-il suffisant pour célébrer l’eau?

Juin, mois de l’eau et ses festivités est déjà chose du passé. Plus de cinquante activités pour célébrer l’eau et ses splendeurs ont été tenues au cours des quatre dernières semaines dans chacune des régions du Québec: descentes en canot, conférences, fêtes de la pêche, corvées de nettoyage, plantations et aménagement de bandes riveraines et autres célébrations ont mobilisé des milliers de citoyens pour remercier l’eau pour tous les services qu’elle nous rend. Mais un seul mois est-il vraiment suffisant pour rendre hommage à cette précieuse ressource?

Élément fondamental pour soutenir la vie sous toutes ses formes, l’eau est ancrée dans notre culture et fait partie intégrante de notre patrimoine. Si le Saint-Laurent est l’artère principale du Québec, quelque 4500 rivières composent son système vital, les milieux humides en sont les reins et des millions de lacs, son âme. Que ce soit lors d’une promenade riveraine, d’une baignade en nature, d’une aventure en kayak, d’une journée à la plage, d’une croisière aux baleines ou de vacances au bord du lac; les Québécois entretiennent une relation privilégiée avec l’eau.

Cette abondance pratiquement inégalée à l’échelle planétaire et cette proximité de l’eau ne devraient toutefois pas être une raison pour baisser la garde et la tenir pour acquise. Plusieurs menaces pèsent sur cette ressource, avec en tête de liste les nombreuses sources de contamination. Les polluants émergents d’origine industrielle ou pharmaceutique, les nutriments en provenance des engrais, les pesticides ou encore les sédiments entraînés par l’érosion des sols en sont quelques exemples. C’est d’ailleurs pourquoi 2018 marque le début d’une toute nouvelle décennie internationale d’action sur l’eau décrétée par les Nations Unies.

Au Québec, depuis 2009 avec l’adoption de Loi sur l’eau, nous avons reconnu l’eau comme patrimoine collectif dont l’État est le gardien. Non pas le propriétaire ou l’unique responsable, mais bien le gardien de notre trésor le plus précieux, au bénéfice des générations futures. Sa conservation nous appartient donc à tous. C’est ce qu’affirme d’ailleurs aussi la toute nouvelle Stratégie québécoise de l’eau, présentée par la ministre de l’Environnement Isabelle Melançon récemment. On y propose de renforcer la gestion intégrée de l’eau grâce à des efforts partagés. Que ce soient les industries qui adhèrent à des programmes d’économie d’eau potable, les promoteurs immobiliers qui décident d’éviter de développer en détruisant des milieux humides, les gouvernements qui refusent l’exploitation des gaz de schiste pour protéger nos rivières et nos aquifères, les agriculteurs qui minimisent leur utilisation des pesticides, les groupes populaires qui militent pour protéger nos grandes rivières, les municipalités qui agissent pour conserver les sources d’eau potable ou de simples citoyens qui aménagent un jardin d’eau de pluie; chacun peut contribuer à protéger nos reins et notre âme.

Avec l’adoption de cette Stratégie, nous souhaitons que chacun des mois de juin à venir soit des plus festifs pour célébrer l’eau. Mais, nous espérons surtout que chaque jour de l’année, nous prenions collectivement de sages décisions pour protéger l’eau qui coule dans les veines de notre Québec.

Antoine Verville, directeur général du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec (ROBVQ)

Caroline Brodeur, présidente du ROBVQ

Larry Bernier, maire de Lac-Édouard, agronome et président de la Société d’aménagement et de mise en valeur du bassin de la Batiscan (SAMBBA)

Gerald Boivin, président de Bassin Versant Saint-Maurice (BVSM)

Gilles Brochu, président du Groupe de concertation des bassins versants de la zone Bécancour (GROBEC)

Daniel Coutu, président de l’Organisme de concertation pour l’eau des bassins versants de la rivière Nicolet (COPERNIC)

Pierre Deshaies, président de l’Organisme de bassins versants des rivières du Loup et des Yamachiche (OBVRLY)

Sylvain Jutras, ing.f., Ph.D., professeur en hydrologie forestière, Université Laval, et président de la CAPSA, Organisme des bassins versants des rivières Sainte-Anne, Portneuf et secteur La Chevrotière

Bernard Lacroix, président de l’Association de la gestion intégrée de la rivière Maskinongé (AGIR Maskinongé)

et 33 autres signataires