L'église Saint-Jean-de-Brébeuf

Un questionnement pertinent

OPINIONS / Le récent projet de vente de l’église Saint-Jean-de-Brébeuf au Centre culturel islamique de la Mauricie a suscité de nombreuses réactions et nous avons pu prendre connaissance de trois communications en lien avec ce projet: le point de presse de monseigneur Luc Bouchard jeudi dernier, un texte d’opinion de l’abbé Claude Lacaille dans Le Nouvelliste de samedi dernier et dimanche en après-midi, monsieur René Beaudoin mettait en ligne une entrevue qu’il a accordée à Bernard Drainville au FM 98,5.

Le jeudi 10 octobre dernier à l’occasion d’un point de presse, monseigneur Luc Bouchard a annoncé qu’il mettait momentanément un terme au projet de l’assemblée de fabrique de la paroisse du Bon-Pasteur de céder l’église Saint-Jean-de-Brébeuf au Centre culturel islamique de la Mauricie. Il justifiait sa décision par la crainte que suscitaient les nombreux commentaires désobligeants émis à l’endroit de la communauté musulmane. Il allait même, dans un premier temps, jusqu’à la complaisance de remercier le Centre culturel d’avoir déposé une offre d’achat et à l’autoflagellation de demander pardon pour les propos disgracieux tenus à l’endroit de la communauté musulmane. Cependant, il n’a exprimé aucune sympathie à l’endroit des fidèles qui tiennent à leur lieu de culte et qui ont été placés devant un fait accompli sans qu’ils aient eu l’occasion de s’exprimer dès le début du processus.

Le samedi 12 octobre, l’abbé Claude Lacaille, qui a longtemps séjourné à l’extérieur du pays dans le cadre de sa vocation, s’est aussi exprimé sur la rencontre du 8 octobre tenue à l’église en cause. Il a insisté sur deux aspects de ladite rencontre: le grand âge des personnes présentes et les propos disgracieux tenus à l’endroit des musulmans. Il a raison quant à l’âge avancé des participants. Bien que je sois âgé de 73 ans, je faisais probablement baisser la moyenne d’âge par ma présence. Cependant, l’opinion de ces personnes est tout aussi valable que celle des plus jeunes qui, eux, se sont retirés des activités ecclésiales parce qu’ils ont compris qu’ils ne seront jamais entendus alors que les plus âgés semblent encore avoir confiance en cette institution refermée sur elle-même et qui semble animée par la pensée magique. C’est vrai que des propos déplorables et mêmes xénophobes ont été tenus par trois ou quatre personnes. Il appartenait à celui qui présidait cette rencontre de mettre un terme aux interventions inacceptables.

Enfin, dans l’entrevue qu’il a accordée à Bernard Drainville, l’enseignant, historien et président du Comité de travail sur l’avenir des églises de la Mauricie, René Beaudoin a très bien résumé l’essentiel de la situation. Pour lui, elle se résume à six points. Est-il vraiment nécessaire de vendre l’église, est-ce la seule solution possible? En second lieu, le prix de vente accepté par l’assemblée de fabrique est-il suffisant pour un immeuble évalué à près de deux millions de dollars? Troisièmement, quel serait un usage acceptable pour cette église si elle était cédée à un tiers? En quatrième lieu, pourquoi procéder à cette vente avant qu’un plan global quant à l’avenir des églises de la Mauricie n’ait été élaboré? Cinquièmement, quand faut-il consulter les fidèles: au début du processus ou à la fin du lorsque l’assemblée de fabrique a pris une décision et qu’il ne manque que l’approbation de l’autorité diocésaine?

Enfin, en sixième lieu, quel rôle a joué la peur des musulmans et de l’islam dans l’ensemble des réactions suscitées par ce projet? Les questionnements de monsieur Beaudoin sont très pertinents et méritent une réponse claire avant d’aller plus loin dans tout processus similaire à celui que venons de vivre et qui va se répéter très bientôt, soyons-en assurés.

Pierre Auger

Trois-Rivières