Un projet plus intelligent que le train à grande fréquence pour desservir aussi Trois-Rivières

OPINIONS / L’auteur, Pierre-André Julien, est professeur émérite à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Maintenant que les élections fédérales sont derrière nous, il est temps de passer aux vraies affaires, comme le disait Jean Charest. Et une de ces vraies affaires, pour participer de façon majeure à la lutte contre les changements climatiques, est le projet du train à grande fréquence (TGF) qui relierait Québec à Toronto-Windsor, en passant par Trois-Rivières, et dont Trudeau a recommencé à parler du bout des lèvres. Projet qui traine dans le décor depuis plus de 30 ans et qui pourtant ne peut promettre de répondre aux trois contraintes majeures qui le bloquent.

Celles-ci sont, premièrement, la faible densité de population sur la plus grande partie de son parcours, qui explique que sa fréquence ne pourra pas augmenter suffisamment pour inciter plus de citoyens à l’utiliser, et ainsi à le rentabiliser. Créant le même cercle vicieux actuel: peu de départs, peu d’utilisation, peu de rentabilité et peu de départs.

Deuxièmement, il y a la question des énormes coûts d’expropriation nécessaires pour construire deux nouvelles voies et élargir les infrastructures, tels les ponts et les viaducs, afin de ne plus être soumis à la circulation prioritaire des trains de marchandises comme actuellement.

Troisièmement, il y a le problème de sa gestion quotidienne de même que l’entretien des infrastructures. Ce qui veut dire au bas mot, juste pour les coûts de construction et de développement, 7 milliards de dollars, soit moins que le projet Trans Montain de Trudeau en comptant son achat (4,5 milliards $) et la construction de l’oléoduc (7 milliards $) au prix d’aujourd’hui.

Mais il est possible de compenser ces obstacles à la condition de sortir des sentiers battus dictés par les industriels du rail et les constructeurs du matériel, incapables de penser autrement qu’un train sur rails. Soit de passer par un monorail suspendu et électrique, avec des wagons légers et autonomes pour 20 ou 30 passagers, répondant à une demande minimale et circulant sur une structure à doubles voies supportées par des pylônes établis au centre des autoroutes déjà construites. Comme les monorails que l’on voit maintenant dans presque tous les grands aéroports du monde et dans certaines grandes villes comme Shanghai, Osaka, Bangalore et même São Paulo, ce dernier construit par Bombardier.

Cette réponse à demande est le seul moyen de multiplier graduellement l’achalandage à cause du fonctionnement automatique des wagons individuels. Incitant de plus en plus de gens à y recourir, et ainsi, créant un cercle vertueux pour rejoindre les villes importantes de centre-ville à centre-ville, puis graduellement, les petites villes comme Louiseville et Pointe-aux-Trembles. Pour que ces derniers utilisent par la suite le transport en commun. Le tout multipliant par dix, sinon plus, les gains écologiques. La deuxième contrainte est faible, les expropriations étant vite répondues par l’espace disponible au milieu des autoroutes. Elle ne portera que pour certaines déviations nécessaires afin d’entrer dans les grandes villes, pour certaines places de stationnement, pour les autos là où le transport en commun est faible et pour la construction graduelle des petites gares, là où la population l’exigera.

Quant à la gestion et l’entretien de même que le problème de la neige l’hiver, ils seront beaucoup moins importants que pour le TGF à cause de l’automaticité et des petits wagons suspendus.

Dans notre environnement qui réclame de plus en plus des politiques sérieuses et de longs termes, le transport est la première cause du réchauffement de la planète. C’est pourquoi il faut s’y attaquer sérieusement avec de telles solutions pour diminuer le recours à l’automobile tout en laissant les trains prendre de plus en plus la place du camionnage. Et seules des solutions comme ce monorail sont susceptibles d’agir sérieusement en utilisant intelligemment les 7 milliards $ prévus pour le TGF.