L’auteur de ce texte accueille avec enthousiasme le projet de loi 21 portant sur la laïcité, présenté récemment par le ministre Simon Jolin-Barrette.

Un projet de loi accueilli avec joie

OPINIONS / L’auteur, Ghyslain Parent, est professeur au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il adresse cette lettre au premier ministre du Québec, François Legault.

Monsieur le premier ministre,

C’est avec beaucoup de joie que j’ai accueilli votre projet de loi 21 portant sur la laïcité. Étant un tenant de la laïcité et ayant travaillé à en faire connaître les tenants et aboutissants depuis une douzaine d’années, j’en suis venu à reconnaître qu’il s’agit là d’un sujet fragile, sensible et qui crée des tensions et des réflexions partout dans le monde. Grâce à votre gouvernement, le Québec n’échappe pas à cette invitation à faire un pas de plus dans le siècle des Lumières. J’ai considéré comme une excellente nouvelle le retrait du crucifix dans notre assemblée nationale.

Je défendrai toujours le droit de croire. En contrepartie, je lutterai contre les croyances d’un autre temps. Je demeure convaincu que les Québécoises et Québécois sont prêts à faire ce pas dans la modernité et montrent un enthousiasme face à ce projet.

Œuvrant moi-même dans le monde de l’éducation depuis plus de 40 ans, je sais que l’enseignante et l’enseignant sont des personnes ayant un pouvoir réel de conviction et des ascendants sur leurs élèves. C’est d’ailleurs leur travail de faire œuvre d’éducation auprès de celles et ceux qu’ils doivent «élever» dans tous les sens du terme. Je sais d’expérience que, pour les enfants, tous les gestes verbaux et non verbaux de leurs éducateurs sont manifestes et évocateurs. Le Québec a fait le choix de retirer tout véritable enseignement religieux de son curriculum scolaire. Ce fut un choix audacieux et réfléchi. Tous les éducateurs sont conscients que les symboles et le non verbal influent sur l’apprentissage. Il y a fort à parier que l’enseignant utilise plus de 90 % de non verbal pour remplir et s’acquitter de sa mission éducative. Les signes et symboles religieux font partie de ce non verbal et envoient des messages très clairs. C’est le but même de ces symboles, vêtements, bijoux plus ou moins ostentatoires portant ces messages de foi.

Je m’attends à ce que certains enseignants, tels de jeunes enfants, exercent un repli identitaire et exigent le maintien du port de leurs symboles auxquels ils se disent attachés. Leurs réactions seront émotives, excessives, voire désorganisées et désorganisantes. C’est normal, même chez des adultes. Il faut croire que lorsque la poussière sera retombée, tout rentrera dans l’ordre et que nos enseignantes et enseignants sauront comprendre le bien-fondé de cette exigence.

Pour moi, la vraie foi est intérieure et elle doit le demeurer. Beaucoup de gens sauront trouver des stratégies pour garder discrètement sur eux un bijou, remis par leur grand-tante ou leur marraine, et qui a perdu, selon moi, toute signification religieuse.

Les leaders religieux savent et admettent que leurs fidèles doivent respecter les lois des hommes. Les textes sacrés vont en ce sens. Pour moi, il appartient à ces leaders religieux de trouver des accommodements pour faciliter l’acceptation, par les personnes sur lesquelles ils exercent un contrôle ou une influence, des nouvelles obligations légales reliées à certains vêtements. Par exemple, le rabbin, le prêtre et l’imam pourront suggérer à leurs amis de porter un voile – ou une kippa – invisible ou imaginaire sur la tête. Tout comme devant l’obligation de se rendre à la messe le dimanche, les bons prêtres catholiques en étaient venus à accommoder les croyants en acceptant qu’ils s’y rendent le samedi ou à tout autre jour ou en les laissant regarder l’office à la télévision. Je demeure convaincu que les divinités sauront comprendre que pour la cohésion sociale au Québec, les personnes les plus dévotes auront tout le mérite de s’adapter à cette loi pour obtenir un emploi dans l’enseignement ou dans ton poste d’autorité. Ainsi, j’invite ces leaders religieux à se montrer responsables et à être créatifs.

Il me fera plaisir de collaborer avec vous, monsieur mon premier ministre, pour favoriser l’inclusion de tous dans ce «pays» si accueillant qu’est le Québec.