Un plan pour une économie verte très attendu

OPINIONS / L’auteure, Isabelle Poyau, est directrice intérimaire du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement (RNCREQ).

Le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement (RNCREQ), duquel est membre Environnement Mauricie, accueille favorablement le budget du Québec 2020-2021, en dépit de plusieurs bémols.

D’entrée de jeu, le gouvernement reconnaît que la réduction des gaz à effet de serre est créatrice de richesse, ce qui est de bon augure, et prévoit plus de six milliards de dollars sur six ans pour la mise en œuvre de son futur Plan pour une économie verte – lequel n’a pas encore été dévoilé.

avancées satisfaisantes

Le RNCREQ se réjouit tout d’abord de l’engagement du gouvernement vers une économie plus verte, notamment avec un investissement important dans les transports collectifs. On est encore loin d’une parité avec les dépenses pour le réseau routier, mais il s’agit d’un rattrapage nécessaire et très attendu, dont on ne peut que féliciter le gouvernement.

Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques voit son financement augmenter. On fait donc un pas dans la bonne direction. L’ajout de crédits budgétaires en plus des sommes provenant du Fonds vert envoie un signal intéressant quant à la contribution des autres ministères à cet enjeu.

mesures prometteuses

D’autres mesures semblent prometteuses mais prendront tout leur sens dans les mois à venir selon des orientations et des plans à définir. L’injection de 25 millions $ par année sur cinq ans pour la mise en œuvre d’un Plan d’agriculture durable est une très bonne nouvelle, reste à savoir quelle sera la teneur de ce plan. Par ailleurs, 90 millions $ ont été réservés pour les minéraux critiques et stratégiques.

Le gouvernement prévoit également une somme conséquente pour accroître la contribution de l’industrie forestière à la lutte contre les changements climatiques. Il faudra s’assurer que l’opérationnalisation de la volonté gouvernementale réponde efficacement aux enjeux sans en générer d’autres en termes de biodiversité.

Autre mesure encourageante à surveiller: 50 M$ seront investis sur trois ans pour la création d’aires protégées, mais à partir du prochain exercice. Le RNCREQ s’inquiète donc de la cible de 17 % qui devait être atteinte en 2020.

Dans la catégorie «Peut mieux faire», le RNCREQ constate qu’en matière d’aménagement du territoire, peu de choses se concrétisent. On note cependant la bonification du programme de réhabilitation des sols contaminés, ce qui est une bonne nouvelle.

Déceptions et lacunes

Le budget ne prévoit aucune mesure d’écofiscalité, ces incitatifs qui font pourtant leurs preuves pour diminuer l’usage de l’automobile, et particulièrement l’auto-solo. D’autant plus que le gouvernement attribue 21 % de l’enveloppe dédiée au futur Plan pour une économie verte au programme Roulez vert – donc à l’électrification des véhicules personnels. On continue aussi d’augmenter la capacité routière, même si l’écart de financement se réduit avec les transports collectifs.

À la suite d’une première analyse, le RNCREQ ne voit pas dans ce budget une place pour l’économie circulaire, pourtant identifiée comme une priorité par la société d’État Recyc-Québec – dont le budget reste par ailleurs stable. Une réflexion en économie circulaire pourrait décupler l’effet de l’investissement de 55 millions $ pour favoriser les produits innovants dans l’industrie des véhicules électriques et le recyclage de batteries.

Le RNCREQ s’inquiète aussi que le gaz naturel soit encore favorisé à travers des mesures, telles que l’extension du réseau gazier. Nous souhaitons davantage de cohérence de la part du gouvernement en matière de réduction des GES.Les gains obtenus par l’électrification ne doivent pas être diminués par des projets qui prolongent indûment notre dépendance aux énergies fossiles.

Un plan fort attendu

Les attentes sont grandes à l’égard du Plan pour une économie verte. C’est ce plan qui précisera comment les efforts seront soutenus et concrétisés, et qui manifestera la réelle ambition du gouvernement en matière de lutte contre les changements climatiques. Les organisations environnementales attendent impatiemment de voir quel rôle le gouvernement leur a accordé dans cette transition.