Selon l’auteur de ce texte, la question piège de la présente campagne électorale a été habilement suggérée par nul autre que le premier ministre du Québec, François Legault lorsque qu’il a demandé aux candidats de s’engager à ne pas contester la Loi 21 sur la laïcité.

Un parfum de croyance

OPINIONS / Chaque campagne électorale amène toujours son lot de sujets que les candidats n’auraient pas souhaité inviter. La campagne électorale fédérale en cours, n’y échappe certainement pas. Depuis 1992, alors que chez nos voisins du sud le candidat George H.W. Bush lors d’un débat présidentiel l’opposant à Ross Perot avait été incapable de répondre à la question «How much is a gallon of milk?» (Combien coûte un gallon de lait?), les journalistes sont constamment à la recherche de la question embêtante, la mouche dans le lait, le caillou sur le rail qui ébranle la préparation des candidats aux conférences et mêlés de presse. L’idée est bien sûr de prendre en défaut ces derniers et de les dépeindre comme étant loin ou déconnectés des préoccupations de gens «ordinaires».

La question piège de cette année a été habilement suggérée par nul autre que le premier ministre du Québec, François Legault lorsque qu’il a demandé aux candidats de s’engager à ne pas contester la Loi 21. Une habile question négative, car on le sait, celles-ci sont toujours plus embêtantes que les questions affirmatives. D’ailleurs, les avocats en général raffolent de ces questions à la double, voire triple négative qui, lorsque vient le temps de répondre génère chez l’interrogé le même niveau de stress qu’une partie de tennis dans un champ de mines: «Oui ou non, n’avez-vous pas prétendu que vous ne saviez pas qu’il n’était pas chez lui le soir du 27?» – vous voyez le genre.

Alors, par la gauche, par la droite, d’en haut, d’en bas, les journalistes martèlent la question, et les candidats balbutient, font preuve d’une remarquable créativité pour tenter de donner l’impression qu’ils ont esquivé le coup tout en répondant à la question, alors qu’il est clair qu’ils ont pris le coup en pleine poire et tentant d’esquiver la question. Mais quel est le rapport avec le titre me direz-vous? J’y arrive…

Nos politiciens tentent ainsi d’offrir une réponse à la majorité de Québécoises et Québécois qui est en faveur d’une laïcité plus affirmée, et ce, tout en ne s’aliénant pas les votes de ceux et celles qui voient dans la Loi 21 une atteinte aux sacro-saints droits individuels que protège la Charte canadienne des droits et libertés de 1982 écrite à une époque où les termes communautarisme, accommodement, multiculturalisme tous azimuts, interculturalisme, multiconfessionnalisme, migrants, réfugiés, expulsés, laïcité, et j’en passe, n’étaient que des concepts non incarnés ne pesant pas très fort dans les considérations des rédacteurs de la Charte. Charte qui soit dit en passant nous offre la phrase suivante au premier «Attendu que» de la Partie I: «Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit...». Ce n’est certainement pas avec une telle affirmation qu’il sera un jour possible d’avoir des discussions intelligentes sur la place des dieux dans notre société et sur leur maladive soif d’ostension.

Et puis, voilà qu’en réfléchissant à tout cela, je me retrouve à faire la file à la banque derrière une dame plus ou moins âgée qui ma foi, vénérait très ostensiblement le parfum qu’elle portait. Et elle en portait beaucoup, il va sans dire. Une odeur si forte et si prenante que j’ai décidé de laisser passer deux personnes devant moi afin de créer un genre de «firewall» olfactif. Au moment d’en laisser passer une troisième, un homme me dit: «Vous ne voulez pas y aller?», «Si, je veux bien, mais je n’aime pas me faire crier dans le nez!».

Il n’a bien sûr rien compris à ce que je disais, mais quelle importance. Je venais de comprendre quelque chose d’élémentaire. Le parfum est un énoncé (statement comme disent nos cousins anglais), les vêtements que l’on porte sont des énoncés, la voiture que nous conduisons, le quartier où nous habitons, absolument tout ce que nous faisons est un énoncé. À travers toutes les manifestations du «Je» ou du «Nous», nous envoyons un message à l’intention des autres et il en va de même pour l’appartenance religieuse.

C’est bien connu, au Québec, nous sommes plutôt allergiques aux personnes qui crient. Tous ceux et celles qui ont conduit à Paris ou New York comprennent très bien ce que je veux dire. Alors pourquoi les Québécois tiennent-ils tant à mettre des paramètres à l’ostension religieuse? Ça doit être comme pour le parfum; mets-en si tu veux; essaie de ne pas en mettre si tu es pour être dans un endroit clos avec d’autres personnes, car il y en a à qui ça donne mal à la tête; et rappelle-toi que personne au Québec n’aime se faire crier dans le nez.

Gilbert Mercure

Trois-Rivières