Le départ à la retraite du directeur général de la Cité de l’énergie, Robert Trudel, de même que les événements qui l’ont provoqué, devraient entraîner une sérieuse réflexion sur la gouvernance de cette institution, estime l’auteur de cette lettre.

Un nouveau départ pour la Cité de l’énergie?

C’est un euphémisme d’affirmer qu’après 21 ans de service à la Cité de l’énergie, le directeur général a manqué sa sortie. Une retraite qui, selon le communiqué de presse, découle d’une décision prise d’un commun accord et avec sérénité. Des mots qui sonnent faux!

Car, sans la dénonciation de ces femmes courageuses, le directeur général, un bourreau de travail, serait mort à l’ouvrage.

Pourtant, ne dit-on pas que savoir partir à temps est un art? Quand nous pensons aujourd’hui à la sagesse de ces mots, se pourrait-il que dans le feu de l’action, le titulaire de cette fonction hautement médiatisée n’ait pas jugé approprié de s’en inspirer en pensant à tort qu’il était intouchable et irremplaçable?

La nature humaine étant ainsi faite nous devrions tous apprendre à repérer nos signaux «avant» le gros malaise. Plus facile à dire qu’à faire mais on peut partir pour se protéger, partir pour mieux se retrouver (avec soi-même et/ou avec l’autre, les autres). Savoir s’écouter pour vivre mieux, pour être plus en accord avec ce qu’on est vraiment. Pour trouver notre paix intérieure et notre sérénité! La vraie, pas celle du communiqué.

Et cette maxime de savoir partir à temps ne pourrait-elle pas s’appliquer également à celui qui préside bénévolement depuis plus de deux décennies les destinées du conseil d’administration et qui mérite notre reconnaissance pour services rendus.

Nul doute que faire partie du même duo DG-président durant une aussi longue période présente des avantages et des inconvénients. Avantages reliés notamment à la compréhension mutuelle voire à la complicité et à l’amitié. Désavantages pouvant notamment se manifester par le questionnement limité et restreint sur les façons de faire, par la banalisation de certaines situations ou comportements inappropriés, par une résistance aux changements ainsi que par une préparation inadéquate de la relève.

Dans le contexte actuel, il n’est pas difficile d’imaginer toute une série d’impacts négatifs pour la Cité de l’énergie. De là l’importance pour l’OSBL de concert avec la Ville de Shawinigan de penser à son renouvellement en faisant son aggiornamento.

Partant de là, ne serait-il pas approprié pour la Ville de Shawinigan d’exiger des modifications significatives aux lettres patentes de l’OSBL en y proposant des changements à sa gouvernance quitte à assortir sa subvention de 600 000 $ au respect de ses conditions.

Condition reliée notamment à une gouvernance 2.0 adaptée au monde de 2018, qui passe par la recherche d’un conseil diversifié et «renouvelé» imposant aux membres du conseil un âge limite et une durée maximale de mandat ainsi qu’un changement dans le mode de désignation des administrateurs.

Un conseil d’administration paritaire hommes-femmes dont le nombre reste à déterminer et qui pourrait être désigné comme représentants de la Ville de Shawinigan, des associations touristiques, du milieu des arts et de la culture ainsi que d’un nombre de citoyens intéressés aux affaires de la cité sélectionnés à la suite d’un appel de candidatures dans les médias.

Selon Yvan Allaire, président de l’Institut de la Gouvernance (IGOPP) la crédibilité d’un conseil est la pierre d’assise de la gouvernance efficace.

Un conseil d’administration, rappelle-t-il, n’est crédible que dans la mesure où une grande partie de ses membres peuvent soutenir un échange avec la direction sur des aspects de la performance et sur les multiples facteurs qui exercent une influence dynamique sur cette performance. Ce type de questionnement suppose, de la part du conseil, une fine et systémique compréhension de l’organisation.

De même pour l’avenir, si ce n’est déjà fait, les postes à combler à la Cité de l’énergie ne devraient-ils pas se faire à partir d’une sélection de candidates ou de candidats répondant à un concours public, sans oublier l’octroi de contrats par soumissions publiques?

En outre, toujours dans la même veine, la Ville de Shawinigan ne devrait-elle pas en profiter pour recommander voire exiger la mise en place de mesures visant une plus grande transparence?

Transparence qui pourrait se matérialiser par une circulation améliorée et fluide de l’information et par l’adoption des mesures concrètes suivantes: tenue d’une assemblée générale annuelle précédée d’une invitation publique avec un ordre du jour comprenant la présentation du rapport d’activités et des états financiers de la Cité de l’énergie.

Pour revenir en arrière, il s’impose de garder en mémoire qu’appliquée au directeur général de la Cité de l’énergie, la présomption d’innocence veut dire que même suspecté des comportements qui lui sont reprochés, il ne peut être considéré comme coupable avant d’avoir été jugé comme tel par un Tribunal.

Claude Gélinas

Shawinigan