A crucifix is seen above the Speaker's chair at the national Assembly (Assemblee Nationale) in Quebec city Wednesday March 9, 2011. The Canadian Press Images/Francis Vachon

Un mot sur la laïcité et sur le respect des droits

L’auteur, Jean-Pierre Jolivet, a été député du Parti québécois de Laviolette à l’Assemblée nationale de 1976 à 2001.

Moi, Jean-Pierre Jolivet, je suis un chrétien, catholique pratiquant. Comme la majorité des personnes de différentes confessions (anglicans, protestants, musulmans, orthodoxes, etc.) je pratique ma foi sans l’imposer à personne et j’en attends autant des autres.

Le Christ a dit: «Aimez-vous les uns les autres, comme je vous aime» et «Aimez votre prochain comme vous-même».

Mais qu’est-ce que s’aimer soi-même? S’aimer soi-même c’est s’accepter tel que l’on est. C’est aimer la créature de Dieu que nous sommes. Prendre soin de soi. Être en accord avec soi. Être en paix avec soi-même. Se respecter pour ne pas faire n’importe quoi. Ne pas se dévaloriser. Se pardonner.

Aimer son prochain. C’est aimer les autres et vouloir les aider. Être à leur écoute afin de répondre au mieux à leurs besoins. Partager leurs joies et leurs peines. Offrir aux autres son sourire, sa bonne humeur, son temps, son argent… Être au service des autres. Être amené à soutenir l’autre.

Le débat actuel sur la laïcité implique, selon moi, une discussion basée sur ces deux propositions du Christ. En partant, il faut tabler sur le fait que chaque personne est de bonne foi et qu’il faut, malgré les extrémistes et les intégristes de toute nature que l’on doit combattre, respecter leurs convictions et leurs valeurs comme je voudrais qu’elle aussi respecte les miennes. Et ce n’est pas naïf que de penser ainsi.

C’est dès les années soixante que ce débat sur la laïcité a pris son envol au Québec quand l’État a décidé, lors de la Révolution tranquille, que la santé et les services sociaux ainsi que l’éducation allaient être de sa responsabilité. Le gouvernement Lesage a alors demandé aux communautés religieuses (hommes, femmes) d’entrer dans la modernité et de laisser à l’État les responsabilités de santé et des services sociaux ainsi que d’éduction. Ces changements ont été le début de transformations majeures de la société québécoise. Elle se sont faites, malgré certains soubresauts, dans le calme et le respect. C’est maintenant que ce débat doit arriver à son aboutissement.

Le gouvernement de François Legault a toutes les coudées franches pour aller de l’avant. Il doit donc présenter un projet de loi qui rassemble la majorité des Québécois et des Québécoises afin de clore ce débat qui a trop duré. C’est dans cette session-ci que l’Assemblée nationale se doit d’adopter une loi qui mettra fin à ce débat en y inscrivant ces trois valeurs suivantes: la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi, quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions.

L’État a la responsabilité, confiée par les citoyens et les citoyennes, de régir la vie en société et de répartir, de son mieux, la richesse collective.

L’Église ou les Églises ont la responsabilité, confiée par leurs adhérents, de régir leur vie communautaire selon des règles qui leur sont propres.

Si chaque partie respecte ses responsabilités respectives, les vaches, comme le dit si bien le dicton, seront bien gardées.

Si l’État n’a pas à s’ingérer dans les décisions des Églises, il en est de même pour les Églises envers l’État.

Ce qui importe pour l’État, c’est que les citoyens soient de bons citoyens et, pour l’Église, que les pratiquants soient de bons pratiquants.

L’État doit aussi s’assurer que les droits des personnes non pratiquantes, agnostiques ou athées, etc. seront respectés.

J’espère que le débat sur la laïcité sera civilisé et que chaque intervenant gardera, dans son esprit, que le but recherché par ce débat est de définir le principe de la séparation dans l’État de la société civile et de la société religieuse et d’impartialité ou de neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses.

Bon débat!