Yves Lévesque

Un mot à Yves Lévesque, d’un simple citoyen

«Aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n’y a pas de signalisations.»

– Ernest Hemingway

J’habite le centre-ville depuis plus d’une décennie. Chaque jour, de ma fenêtre, je vois les promeneurs du parc, les lecteurs de la bibliothèque, les écureuils qui traversent les fils électriques jusqu’aux arbres. J’entends les pépiements des oiseaux, surtout l’été, et je vois la fontaine aux jets multicolores avant que la saison froide arrive. Quand les feuilles sont tombées, j’ai une vue imprenable sur la cathédrale, magnifique.

Quand je vais au club d’échecs les lundis dans le «Vieux», près des Ursulines (qui quittent, hélas!), je passe devant le cimetière anglican, nettoyé et restauré sous votre administration. Je passe aussi devant la maison Fougère, encore toute belle, et dont le propriétaire actuel m’a dit que cette habitation avait une âme. Je n’en doute pas. C’est l’Histoire, oui, qui donne son âme à une ville.

Quand on sait la regarder, Trois-Rivières est très belle.

Je prends souvent mon premier café du matin dans le dernier édifice près du port sur Saint-Antoine. La barista torréfie elle-même les grains qui viennent des meilleurs pays producteurs.

Je vois les cargos, les grutiers et les débardeurs au travail. Le port est actif et il est beau.

Aujourd’hui, M. Lévesque, peu importe le camp ou la vision personnelle de chacun de la chose publique, il faut savoir reconnaître le travail accompli.

Descendre dans l’arène politique pendant un quart de siècle reste un engagement méritoire et difficile, usant... On l’imagine sans peine.

Ce sont nos idées qui nous distinguent et nous mènent vers la connaissance et le partage avec les autres. Quel que soit l’angle sous lequel nous observons les choses, ce qui reste de nous ce sont nos idées et notre force à les exprimer ou non. Vous n’y avez pas manqué.

Ce que nous avons de plus précieux est unique et loge en nous. Il y a une beauté, une intelligence et un talent en vous que les autres n’ont pas et vice versa. C’est la particularité et le miracle de la vie: des milliards d’individus, hommes et femmes, dont chaque intelligence diffère de celle du voisin et de la voisine.

Vous avez changé le visage de cette ville, c’est vrai. Vous avez insufflé un dynamisme que Trois-Rivières n’avait pas auparavant, coloré par votre personnalité. Ce ne devait pas être évident de réaliser la fusion.

Vous avez laissé une plus grande place à la culture. Les citoyens ont le cœur à la fête l’été; ils sont heureux de se retrouver à l’amphithéâtre, au port, dans les parcs, auditeurs et spectateurs d’événements en plein air; d’entendre des voix qu’ils aiment et aussi celles de la poésie internationale. Ils sont heureux de venir partager de bons moments au centre-ville, au soleil, dans une atmosphère de fête. Ça, ils ne l’oublieront pas, monsieur.

Vous avez fait plusieurs combats et traversé des épreuves au nom de votre vision du bien public. Merci.

Aujourd’hui vous êtes retiré pour raison de santé. Alors je vous souhaite d’être auprès des gens qui vous aiment. On les reconnaît facilement: ce sont les gens qui voient en vous les belles choses que les autres ne voient pas.

Christian Rochefort

Trois-Rivières