Un mercantilisme sabordeur contre un humanisme indispensable

Depuis le mercredi 16 mai, le lock-out à l’UQTR est relevé. Daniel McMahon semble s’attribuer cette décision très politique. Je souhaite que les médias l’interrogent sur sa vision de l’enseignement supérieur, lui et la classe politique, du reste. Ce recteur suspend le couperet d’une «loi spéciale» au-dessus de l’avenir de l’université. Est-ce un scénario déjà écrit d’avance? Est-il un des hommes de paille des gouvernants?

Attention, une partie de bras de fer se joue aux dépens des chercheurs, des professeurs, des étudiants et des citoyens que nous sommes. Mesure-t-on les conséquences de l’agression silencieuse et pernicieuse qui met en cause les fondements mêmes de l’univers universitaire? Cette situation qui s’éternisera jusqu’au 15 juin dilapide les forces vives.

Pendant ce temps, les professeurs ont repris leurs tâches, assumant leurs engagements et leurs obligations envers leurs étudiants. Ils manœuvrent sans doute entre les impairs, les retards et les conséquences à court terme et à moyen terme du conflit. Je suis fière de voir debout ces professionnels qui assument leurs responsabilités. «Continuez, refusez de devenir une université à deux vitesses! Surtout restez chercheures et chercheurs aux confins des connaissances. Restez des passeurs d’un savoir-être et d’un savoir-faire d’inventeurs, d’innovateurs, d’humanistes».

Où sont les ministres concernés? Ceux au pouvoir et ceux qui déjà nous entraînent en élections. Quelle est donc la position de la CAQ? Celle de Québec solidaire, du Parti québécois. Nous sommes tous dans une voie périlleuse comme société tant que l’on ne stoppe pas l’hémorragie de l’UQTR qui sclérose notre avenir. Comment se fait-il que les instances politiques ne mesurent pas encore l’ampleur des pertes et des dégâts encourus, tant pour les étudiants que le corps professoral? Sait-on bien qu’elles déconstruisent un milieu porteur de notre avenir collectif?

On ne peut pas impunément bafouer une entité inventive, une entité engagée dans la transmission des savoirs fondamentaux, celle des avancées scientifiques, nécessaires à la «Cité». Ici, la victime c’est une université prise en otage comme Corps vivant! Croyez-vous vraiment que ces politiciens prennent leurs responsabilités? Les conséquences dépassent largement l’avenir de l’Université de Trois-Rivières. Il s’agit d’une idéologie puissante, insidieuse qui veut gagner une bataille au mépris de certains enjeux fondateurs de notre société!

Les technocrates semblent n’avoir aucune espèce de conscience de la philosophie, des valeurs et de la mission d’une maison d’enseignement supérieur. Le CA et son recteur ont rudoyé l’Édifice, sans respect pour sa mission, sans s’attarder à ce que représente ce noyau dur de notre avancement sociétal. Quand on veut étouffer une telle source, on est dans une dynamique de démantèlement.

L’occupation première des professeurs consiste à accompagner, collaborer, adapter, revendiquer, concevoir et réaliser, éduquer, mettre au service de la population leur expertise, pour faire avancer le savoir. Développer la pensée se fait dans un parcours où, grâce à des rencontres individuelles, des discussions personnelles, des séminaires, des stages, des rédactions et des publications, s’acquièrent le savoir-être et le savoir-faire des professionnels de demain.

Diane Dupras

Trois-Rivières

INSÉRÉ POSSIBLE:

On ne peut pas impunément bafouer une entité inventive, une entité engagée dans la transmission des savoirs fondamentaux