Le maire de Saint-Élie-de-Caxton, Robert Gauthier, et Fred Pellerin.

Un maire (di-)visionnaire

OPINIONS / Ainsi donc, le maire Robert Gauthier veut diversifier l’offre touristique à Saint-Élie-de-Caxton. Ah bon? On ne lui en demandait pas tant. En fait, il aurait peut-être mieux valu qu’il se fasse discret depuis son entrée en poste et qu’il se préoccupe davantage de services aux citoyens que de vouloir mettre à sa main une industrie certes imparfaite, mais qui tournait néanmoins rondement.

La mauvaise gestion de la tempête automnale, la démission de deux élus au sein du conseil, moult démissions d’employés-cadres, l’effondrement de l’entrepôt à sable sous la neige non gérée, les employés en congés de maladie à répétition dont un depuis plus de six mois, l’illégalité des carrioles que le maire attribue à des plaintes alors que le conseil était au fait de la non-conformité, la buvette caxtonienne qu’on a retirée au comité Grandi-Ose, l’embauche suivie d’une promotion de la directrice du tourisme alors que ses frasques automnales faisaient la manchette, le projet personnel de salle de spectacles du maire qu’il pousse de façon unilatérale, etc. Bref des incidents que le maire qualifie de normaux mais qui ont fini par ternir le tissu social et la confiance des citoyens. La somme des incidents finit par exposer des problèmes beaucoup plus grands que ce que le maire affirme dans les médias, et ce, quand il accepte de rencontrer les journalistes…

L’anti-campagne de publicité dont bénéficie le village depuis le début du mandat de ce développeur autoproclamé, les intervenants touristiques s’en seraient bien passé. Rétablissons certains faits concernant le projet de salle de spectacles que Fred Pellerin projetait.

Le 4 avril dernier, dans Le Nouvelliste, au sujet du projet de Fred, le maire Gauthier déclarait: «Rappelons que la démarche dont toutes les étapes sont publiques et au cours desquelles le conseil municipal a toujours voté à l’unanimité en faveur de ce projet de salle de spectacles» (sic). Puis il cite des dates en commençant par le 12 novembre. Or, il omet de dire que le conseil aurait dû se prononcer le 5 novembre, mais une conseillère s’était alors exprimée à peu près en ces termes: «Les gens apprécient beaucoup la quiétude du village; une salle de spectacles de 300 places, c’est 300 autos qui circulent plusieurs fois par jour. Je pense que c’est important de consulter la population pour voir s’ils veulent vraiment de ça...»

On se questionnera sur l’équation 300 spectateurs-300 voitures. On se demandera aussi ce que la conseillère considère comme souhaitable en terme de développement pour sa municipalité. On se demandera surtout de quelle unanimité le maire Gauthier pouvait bien vouloir parler...

Malheureusement, le procès-verbal de la réunion, disponible en ligne, ne rend pas compte de cette intervention. Mais un enregistrement audio de la séance existe à la municipalité. Le 12 novembre, le conseil s’est repris en convoquant une réunion extraordinaire pour finalement aller de l’avant avec un appui unanime pour le projet. Il faut croire que celui-ci était soudainement devenu acceptable aux yeux de la conseillère.

Il s’agit en fait de la même conseillère qui a jugé bon de rendre public le projet de Fred sur les ondes de l’émission du retour à la maison de Radio-Canada Mauricie, le 12 décembre dernier, en plein milieu du cafouillage municipal autour de la Féerie de Noël. Ce faisant, elle privait l’artiste du privilège d’une annonce publique de son projet au moment où il le jugerait opportun.

De plus, si le 16 janvier le maire a jugé bon d’écrire à Fred Pellerin pour le rassurer, comme il le rapporte, c’est parce que le projet qui devait être approuvé par la MRC n’a pas pu l’être. C’est que le maire avait transmis les mauvais documents et que le conseil des maires n’a pas pu procéder avec la demande au moment voulu. C’est Robert Gauthier lui-même qui l’a avoué à la période de questions quand un citoyen l’a interrogé sur l’absence du point à l’ordre du jour. Comment qualifier cette «erreur», alors que le projet est d’une valeur de plus d’un million $ et que les relations étaient déjà tendues entre la Municipalité et l’artiste? On peut comprendre que l’artiste et ses partenaires n’aient pas senti qu’ils bénéficiaient de l’appui politique nécessaire à un investissement qui comportait aussi son lot de risques.

S’il faut en croire les nouvelles orientations du conseil en matière touristique, révélées récemment, on devrait maintenant miser sur les 38 lacs que compte Saint-Élie et sur la venue d’un sculpteur du Bas-Saint-Laurent pour attirer les gens chez nous. Si 38 est un chiffre impressionnant, soulignons que la plupart des lacs sont situés en pleine forêt, totalement inaccessibles, et que les autres sont ceinturés de chalets, sans accès public. Quant au sculpteur, souhaitons que son talent soit immense, car il en faudra pour égaler le pouvoir d’attraction d’un artiste de renommée internationale.

Il ne reste plus que le maire concrétise son projet d’amphithéâtre à ciel ouvert, en plein bois, dans un milieu humide et à temps pour la saison des mouches noires, pour que le portrait soit complet.

Au fait, quel est l’article de loi qui stipule que le tourisme est une compétence municipale?

Alain Lafrance

Caxtonien d’adoption

Saint-Élie-de-Caxton