Le maire Yvon Deshaies

Un maire à la recherche d’accommodements

Le maire de Louiseville ne se gêne pas pour dire ce qu’il pense et agir en conséquence. Ses électeurs l’ont d’ailleurs réélu et confirmé dans ses convictions. Sa récente prise de position sur la prière et le crucifix à l’hôtel de ville s’appuie, entre autres, sur la confiance que les conseillers municipaux accordent à celui qui, par une simple déclaration au sujet de l’industrie du cannabis, a permis que l’entreprise IsoCanMed investisse des millions en sol louisevillois.

Sa prise de position sur l’affirmation confessionnelle religieuse n’émane pas d’une volonté de restaurer des pratiques abandonnées (peu importent les raisons de cet abandon), mais repose plutôt sur la recherche d’un juste équilibre.

M. Deshaies déclare réagir à l’apparition appréhendée d’agents de la paix arborant des symboles religieux, voiles ou autres. Il a, en effet, de bonnes raisons d’y croire.

La mairesse de Montréal s’est déclarée ouverte à cette possibilité du port du hijab ou du turban sikh par les policiers de Montréal et le premier ministre Couillard a évoqué le rêve d’une jeune musulmane qui serait brisé si elle ne pouvait porter son voile sous une casquette de policière.

L’absence d’une législation claire nous ramène sur des sentiers battus. Pourtant le rapport Bouchard-Taylor a coûté des millions et l’une de ses recommandations, livrée il a près de dix ans, se lisait ainsi: «Concernant le port de signes religieux par les agents de l’État:

- qu’il soit interdit aux magistrats et procureurs de la Couronne, aux policiers, aux gardiens de prison, au président et vice-présidents de l’Assemblée nationale.»

Le projet du maire Deshaies devrait nous ouvrir les yeux sur un contexte nouveau où les chrétiens devront, comme les musulmans, réclamer des «accommodements raisonnables». Sa démarche jouxtée à la non-application intégrale de la laïcité permettrait même d’invoquer la discrimination puisque, par exemple, les sikhs peuvent transporter un couteau en tout temps ce qui me semble plus dangereux qu’un crucifix au mur.

Les décisions des tribunaux ont-elles scellé à jamais le sort des symboles religieux et historiques qui jalonnent l’histoire du Québec? Même si certains invoquent que la chose a déjà été jugée, il n’y a pas d’outrage à rouvrir le débat. Si la «chose jugée» l’était irrémédiablement, l’avortement serait encore un crime au Canada.

Comme M. Deshaies ne passera à l’acte qu’au mois de juin, le temps des remises en question devrait précéder celui de la prière.

André Mélançon

Trois-Rivières