Un financement inadéquat et injuste pour les services d’archives privées agréés

Les célébrations du 100e anniversaire de fondation du service des Archives du Séminaire sont assombries par des coupes drastiques de financement par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Ce service d’archives s’est inscrit dans le paysage trifluvien dès 1918, au cœur même d’une institution scolaire de niveau secondaire, fondée en 1860. Les autorités du Séminaire ont permis son rayonnement dès l’arrivée du premier archiviste, l’abbé Albert Tessier, celui-là même à qui on attribue la création du mot «Mauricie». Ce prêtre visionnaire a mis la table pour que ses successeurs aient ce souci constant d’offrir à l’ensemble de la population, de toute provenance, le même accueil et l’accès à sa riche documentation.

Cet été, point culminant des célébrations de leur centième anniversaire, après des mois de préparation, une exposition vibrante et éducative, conçue en collaboration avec le Musée Pierre-Boucher, a permis de mettre en lumière plusieurs de leurs joyaux.

Rappelons qu’en 1990, les Archives nationales du Québec initient l’agrément d’organismes qui mettent en valeur des archives de nature privée. Les ASTR sont de cette première cohorte, avec sept autres institutions ayant pignon sur rue dans plusieurs régions du Québec. En 2017-2018, il y en avait 38 autres, répartis dans les 17 régions administratives du Québec et œuvrant au sein de plus de 35 circonscriptions électorales.

En octobre 2018, ils sont 42, dont quatre non admissibles à un financement public. Les autres services d’archives privées agréés du Québec (SAPA) ont été informés par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) de leur sort pour les deux prochaines années. L’évaluation pour l’aspect financier se fait maintenant strictement selon la performance aux acquisitions, au traitement et à la diffusion. Les montants reçus par chacun des SAPA pour 2018-2010 se situent entre 0 $ et 38 514,86 $.

On apprend que les ASTR n’ont pas passé la barre des élus. BAnQ leur octroie un montant dit «de transition» de 16 000 $, récurrents pour deux ans. Une enveloppe transitoire prévue pour soutenir les SAPA qui perdent leur financement. En clair, le seul SAPA de la région de la Mauricie risque fort de ne plus recevoir d’aide de l’État dès 2020. Après vérification, la Mauricie s’avère être la seule région administrative du Québec qui n’aurait plus de SAPA soutenu sur son territoire.

Pourtant, ce service d’archives privées a un parcours impressionnant. Mais cela n’est pas pris en compte. Au fil des générations, l’acquisition d’archives prestigieuses, quatre fonds d’archives reconnus «Biens culturels», des milliers de chercheurs et plusieurs éminents historiens qui y ont consulté des lettres, des livres de comptes, des photographies, des cartes ou des plans, même des films. Peu importe.

Une situation qui démontre que l’État québécois n’a pas encore pris conscience de l’importance de soutenir ces lieux du savoir. Clairement, BAnQ a du mal à soutenir le secteur des archives privées au Québec. L’institution nationale a besoin de budgets supplémentaires pour pouvoir appuyer les SAPA qu’elle a, par ailleurs, elle-même, en février 2018, jugés aptes à mériter leur agrément.

Aux ASTR, ces coupes forcent déjà une mise à pied. Quant aux chercheurs, historiens, écrivains, cinéastes, journalistes, professeurs, politiciens, avocats, étudiants, qui, un jour, aurez à nouveau besoin du contenu de l’une ou l’autre de ses collections, pourrez-vous vous contenter d’un horaire modifié à la baisse? Et de frais d’accès à la hausse? Pourtant, il le faudra bien.

Le cas des ASTR est loin d’être unique. À Nicolet, le 7 novembre, le journaliste Sébastien Lacroix du Courrier Sud, faisait état de la situation difficile dans laquelle se trouvait le Centre d’Archives Régionales du Séminaire de Nicolet. Ce SAPA s’est vu octroyer par BAnQ un montant de 17 418 $. Cela représente 7000 $ de moins qu’entre 2016 et 2018. Un recul impensable dans n’importe quel autre domaine. Imaginez, c’est moins que ce qu’on leur avait attribué en 1991 et en 1992.

Après, c’est l’inconnu.

Plusieurs des changements apportés aux modalités des programmes déplaisent. Entre autres, la règle qui stipule que seulement 25 SAPA auront dorénavant accès à du financement. Tant pis pour les autres. La compétition entre les SAPA prend de l’ampleur. Une conséquence malheureuse, à mon avis, puisqu’ils ont tous leur importance, chacun dans leurs secteurs, chacun dans leur collectivité, chacun dans leur domaine de spécialité. Privés de tout financement en 2018-2020, ou ayant reçu très peu, lesquels de ces SAPA pourront espérer supplanter les prouesses de leurs rivaux mieux soutenus et ainsi avoir droit à une part du budget en 2020-2022?

Et si plus d’argent devenait disponible, on peut rêver, est-ce que BAnQ reviendrait à une distribution plus équitable des fonds à tous les SAPA qui y ont droit?

Suzanne Girard

Archiviste à la retraite

Trois-Rivières