L’auteure de ce texte estime que l’instrumentalisation de la fusillade du 29 janvier 2017 à la Grande mosquée de Québec est franchement indécente.

Un drame et son instrumentalisation

Si vous aviez encore quelques doutes sur la portée des commémorations du drame du 29 janvier 2017, eh bien ne cherchez plus! La réponse nous est offerte chaque fois qu’un représentant du Centre culturel islamique de Québec ouvre la bouche. De son point de vue, derrière cette terrible fusillade qui a causé la mort de six personnes, un mal profond: l’islamophobie.

Alors, la tentation est grande de faire de la lutte à l’islamophobie LA cause nationale. La seule cause qui vaille d’ailleurs une mobilisation jusqu’au plus haut sommet de l’État avec Justin Trudeau comme gladiateur en chef. À ce chapitre-là, Philippe Couillard a tempéré ses ardeurs depuis la fameuse claque électorale que lui a infligée la CAQ dans Louis-Hébert.

Avant de spéculer sur l’acte pourquoi ne pas s’en tenir aux faits?

À ce jour, on ignore les motivations d’Alexandre Bissonnette, le présumé tueur, dont le procès débute le 26 mars 2018. Pourtant lobby islamiste, politiciens à tous les niveaux, médias, élites, manœuvrent d’arrache-pied pour nous accabler d’une lourde culpabilité collective qui ne reflète en rien l’état d’esprit véritable des Québécois, leur grande compassion exprimée à maintes reprises à l’endroit des victimes de cette horrible tragédie et de leurs familles ainsi que leur rejet viscéral de la violence. Non, ce n’est pas assez. Les voilà qui s’agitent pour extraire de notre corps social une supposée pathologie qui s’est répandue en nous tel un méchant virus. L’heure est à la rédemption. Les Québécois doivent s’excuser pour un crime qu’ils n’ont pas commis, demander pardon pour une faute morale dont ils ignorent la nature. Et pourquoi donc?

Tous ou presque atteints d’une même maladie: l’islamophobie
Ce mot fourre-tout à l’origine de bien des confusions a été brandi par les islamistes pour faire taire leurs opposants au tout début de la Révolution islamique en Iran en 1979. Recyclé par la gauche multiculturaliste, le concept refait surface avec l’affaire Rushdie, dix ans plus tard, avec pour objectif de limiter le débat public. Pour les mollahs du communautarisme, toute critique de l’islam, toute opposition à l’islam politique est considérée comme un acte malveillant à l’endroit des musulmans. Un grand malentendu naît: la critique des idées et la haine des personnes se confondent. Les islamistes jubilent alors que les racistes polluent le climat. Les amoureux de la liberté se retrouvent coincés entre les deux feux sacrés du suprématisme religieux et racial.

Après la fusillade de Québec, les entrepreneurs communautaristes ont repris ce concept à leur compte pour le retourner contre nous. L’instrumentalisation de la fusillade du 29 janvier 2017 est franchement indécente. Trop c’est trop! Gardons la tête froide. Ne tombons pas dans le panneau.

Oui, à la commémoration dans le respect de tous et la dignité de chacun.

Non, à l’instrumentalisation éhontée de cette tragédie.

Djemila Benhabib, écrivaine

Trois-Rivières