Le site de l’ancienne usine Belgo.
Le site de l’ancienne usine Belgo.

Un comité d’experts indépendant devrait être formé

OPINION / Le 14 novembre 2020, dans un article fort intéressant, Le Nouvelliste sous la plume de Martin Lafrenière s’est intéressé à l’avenir du site de l’ex-usine Belgo de Shawinigan. L’élément déclencheur de cet intérêt est la démolition du bâtiment principal qui est enfin amorcé, et ce, treize ans après l’annonce de la fermeture de cette usine de papier qui avait ébranlé solidement l’économie à l’époque.

L’article de monsieur Lafrenière permet de mettre en lumière le point de vue de plusieurs intervenants socio-économiques. Un autre article rédigé par Marc Rochette dans la même édition du Nouvelliste nous permet de constater également le point de vue du ministre fédéral François-Philippe Champagne.

Il m’apparaît manifeste que ces intervenants cités dans ces articles sont animés d’intentions nobles et saines pour l’avenir de ce site qui est stratégique de par sa localisation géographique et son caractère hautement historique. Il est plutôt rassurant de constater que ces acteurs névralgiques de l’économie accordent une priorité à développer ce site en ayant en tête des préoccupations économiques, de qualité de vie des citoyens, d’innovations technologiques et historiques.

En fait, ce projet visant à trouver de nouvelles vocations à ce site constitue une occasion unique de créer un point de bascule positif pour l’avenir du Centre-de-la-Mauricie. Depuis la succession dramatique des fermetures des usines (Alcan, Belgo, Laurentide) il y a eu de belles initiatives de relance économique de mise en place qu’il faut sincèrement saluer, mais force est de constater en regardant les statistiques que la région ne s’est pas totalement remise de ces fermetures. Il y a encore un trop grand exode des jeunes et des cerveaux vers les grands centres et il y a encore beaucoup trop de pauvreté à Shawinigan.

Certains des projets retenus pour ce site doivent absolument prioriser la rétention et l’attraction de jeunes qui y verront une opportunité incontournable de faire carrière à Shawinigan et de s’y installer en y fondant une famille. Une région qui ne retient plus ses jeunes et qui n’en attire pas de l’extérieur est inévitablement vouée à un avenir médiocre.

Le défi, à mon avis, sera que les décideurs ne tombent pas dans le piège de politiser à outrance les débats sur l’avenir de ce site. Les décisions qui seront prises pour le futur de ce site sont à ce point importantes qu’il faut absolument que les décideurs transcendent la partisanerie, leur propre ego et les guerres de clochers.

À mon avis, un comité de réflexion ayant comme mandat de remettre des recommandations concrètes aux autorités municipales de Shawinigan, au gouvernement du Québec et au gouvernement fédéral devrait être mis en place dès maintenant. Ce comité devrait être composé de gens d’affaires reconnus pour leur envergure, de représentants des maisons d’enseignements secondaire, collégial et universitaire, de scientifiques, de représentants du milieu culturel et touristique, d’urbanistes et d’architectes. Certains de ces experts devraient être des gens de la Mauricie, mais d’autres devraient provenir d’autres régions afin que les recommandations de ce comité tiennent compte de l’attrait que pourraient exercer les choix retenus auprès de l’extérieur.

Lorsque l’on s’intéresse à l’histoire de la fondation des villes de Shawinigan et Grand-Mère, on réalise rapidement que ces villes ont connu un essor remarquable au niveau économique et sur le plan de l’urbanisme grâce à l’envergure, le leadership et la vision des décideurs de l’époque. C’est de cette attitude noble de ces fondateurs qu’il faut s’inspirer.

Le site de l’ex-usine Belgo est à l’entrée de la ville de Shawinigan et de surcroît est situé aux abords des majestueuses chutes de Shawinigan et de la magnifique rivière Saint-Maurice. Le potentiel est énorme. Les citoyens de Shawinigan, mais aussi l’ensemble des citoyens de la Mauricie, nous avons un rendez-vous avec l’histoire qu’il ne faut pas manquer avec ce projet de rêver à l’après-Belgo.

Il faut que ce projet soit rassembleur et non une source de discorde et de tensions politiques sur la place publique ce qui ne ferait qu’impacter négativement l’adhésion des partenaires externes tels que le gouvernement provincial et fédéral et les entreprises pouvant éventuellement s’y associer.

Bref, la clé du succès à mon avis, réside dans la création de ce comité de réflexion et de recommandations, mais aussi le choix des gens qui y siégeront. Il faut des personnes capables de grandeur d’âme qui y seront pour des raisons saines de vouloir contribuer collectivement de par leur expertise et non pour simplement servir leur petit intérêt personnel.

Martin Gélinas

Trois-Rivières