Un climat d’urgence

OPINIONS / La science du climat est catégorique. Depuis 1850, la température moyenne de la Terre s’est accrue de 1,1 °C. Cette augmentation est due aux énormes quantités de gaz à effet de serre (GES) émises dans l’atmosphère. Ces émissions de GES, principalement du CO2, sont la conséquence directe de l’utilisation des combustibles fossiles – pétrole, gaz, charbon, etc. – par les humains pour produire de l’électricité, faire fonctionner les usines, faire rouler les véhicules, chauffer ou climatiser les maisons. Si nous continuons d’émettre des GES dans l’atmosphère au même rythme qu’actuellement, la température moyenne de la Terre pourrait augmenter de 4 à 7 °C d’ici 2100. Une catastrophe.

Le GIEC répète désespérément depuis 20 ans qu’il est de la plus haute importance de limiter le réchauffement à 1,5 °C puisque, dépassé ce seuil, la fonte accélérée du pergélisol (sol gelé en permanence) libérera des quantités phénoménales de méthane, un gaz 25 fois plus dommageable que le CO2, et qu’il sera alors impossible d’éviter les pires scénarios de réchauffement climatique.

Les conséquences de ce réchauffement minime de 1,1 °C se font déjà sentir péniblement pour des millions de gens de partout dans le monde: ouragans plus fréquents et plus puissants, inondations, sécheresses, incendies de forêt, érosions des côtes. Mais ce n’est rien à côté de l’élévation de 1 à 2 mètres du niveau des océans prévue d’ici 2100. Des milliers de villes côtières comme Vancouver, New York ou Manille seront envahies par l’eau, et de 100 à 250 millions de personnes pourraient devoir trouver refuge ailleurs.

Ce n’est rien non plus à côté de la destruction à grande échelle de la biodiversité. Des milliers d’espèces ont déjà disparu de la surface terrestre alors que les populations restantes ne cessent de diminuer. De nombreux scientifiques assurent que la Terre est en train de vivre les débuts de sa 6e extinction de masse. Les rendements agricoles vont diminuer. Les glaciers qui alimentent de nombreux fleuves dont dépendent des millions de personnes auront presque complètement disparu d’ici 80 ans environ. La rareté des ressources alimentera certainement de nombreux conflits.

Selon les experts, il n’est pas trop tard pour éviter le pire. Il est en effet possible de limiter le réchauffement à 1,5 °C si nous agissons très rapidement et énergiquement. Nous sommes à la croisée des chemins. Nous devons mettre fin le plus vite possible, résolument, à l’utilisation des énergies fossiles. Le pétrole et le gaz qui sont encore dans le sol doivent impérativement y rester. Ni dans le pétrole ni dans les pipelines, c’est plutôt dans la recherche, dans l’innovation, dans les transports collectifs et dans la transition qu’il faut investir. Saurons-nous répondre adéquatement à l’urgence climatique?

Jean-Marc Lord

Bécancour