Le 13 avril dernier, Mme Yolande Normand a eu 100 ans.
Le 13 avril dernier, Mme Yolande Normand a eu 100 ans.

Un centième anniversaire souligné en confinement

OPINIONS / Le 13 avril dernier, Mme Yolande Normand a eu 100 ans. Nous étions privés de visite en ce grand jour: isolement, COVID-19… aucune fête ne peut être célébrée à la résidence Les Marronniers, tout est remis à plus tard…

Mme Normand, pour utiliser son nom de fille, est native de Trois-Rivières et a étudié chez les Ursulines. Elle est l’aînée d’une famille de sept enfants. En me racontant quelques souvenirs, elle m’a exprimé comment ça faisait longtemps qu’elle ne s’était pas rappelé tout ça. Comme l’agréable souvenir d’aller à la «grand-messe» le dimanche à la Cathédrale de Trois-Rivières, seule avec son père, privilège d’être la fille aînée. Pour cette sortie, tout le monde se coiffait et portait les plus beaux habits. Son père payait pour réserver le grand banc de la messe du dimanche. À la sortie de la messe, tout le monde se réunissait pour jaser et faire les salutations d’usage sur le perron de l’église. Son père parlait souvent à Maurice Duplessis, homme politique de l’époque et devenu premier ministre en 1936.

Mme Normand est une avant-gardiste. Sportive dans l’âme, elle faisait de longues randonnées de vélo comme par exemple en 1940, elle et sa grande amie Françoise Panneton, ont parcouru la distance de Trois-Rivières jusqu’à Rimouski en vélo. Il y avait des sous-marins allemands dans le fleuve, ça ajoute au courage de ces deux jeunes femmes. Elles couchaient dans des cabines (motels) tout au long de leur parcours et mangeaient dans les restaurants.

Tout au long de sa vie, elle a été active et a fait du ski de fond jusqu’à 80 ans, cela explique la démarche assurée que notre centenaire a encore aujourd’hui. Jusqu’à très récemment, elle prenait toujours l’escalier au lieu de l’ascenseur et elle habite au 4e étage.

Elle s’est mariée en 1944, juste avant la fin de la guerre. De cette union sont nés trois enfants. Deux garçons et une fille. C’est à Shawinigan-Sud qu’ils ont vécu et ont grandi. Mme Normand-Lemay y a élevé ses enfants. Elle est devenue veuve à 67 ans à la suite de la mort subite de son mari qui, lui, en avait 70. Il était toujours actif professionnellement comme courtier d’assurances. Cette épreuve n’a pas empêché Mme Normand-Lemay de toujours demeurer active en s’impliquant notamment comme bénévole à l’hôpital de Shawinigan comme vendeuse à la boutique cadeau.

Souvenir de son fils Paul: « Lors de la période des devoirs, notre mère n’allumait jamais la télévision pour ne pas perturber notre étude. Elle s’asseyait pour faire de la lecture et ne pas faire de bruit dans la maison.»

L’émission «Les Berger» faisait partie de la liste des émissions qu’il était permis d’écouter en famille. Ceci n’est qu’un des souvenirs soulignés ici mais il y en aurait plusieurs à raconter.

En conclusion, pour vivre jusqu’à 100 ans, il faut être déterminé dans la vie. Il ne fait pas oublier que parallèlement à cela il y une réalité qui porte à réfléchir. Oui, c’est une chance de vivre jusqu’à cet âge avec toute la lucidité que nous nous souhaitons tous mais survivre à toute notre famille, nos bons amis, cela fait beaucoup de deuils à vivre et à surmonter pour se retrouver seule avec nos enfants.

Non, Madame Lemay, le bon Dieu ne vous a pas oubliée. Vous avez à vivre parmi nous encore et ce le plus longtemps que la santé sera au rendez-vous. Nous ferons tout pour vous rendre la vie la plus agréable possible.»

Le plus sincèrement du monde, MERCI de partager notre quotidien à la Résidence Les Marronniers et ce depuis plus de 16 ans.

Guylaine Thibault

Trois-Rivières