Selon les auteurs de ce texte, l’austérité, les compressions et les coupes budgétaires n’auront servi essentiellement qu’à préparer des baisses d’impôt, tout à fait dérisoires pour les moins fortunés d’entre nous.

Un cadeau empoisonné!

On connaît la recette. Depuis maintenant plus de vingt ans, on nous la sert à répétition. Dès son élection, le nouveau gouvernement crie au loup prétextant que les huissiers sont à nos portes. Il faut couper. Plus de 4 milliards $ sous l’actuel gouvernement qui nous affirme «dur comme fer» que les services aux citoyens n’en souffrent pas.

Nos personnes aînées résidant en CHSLD? Un bain par semaine est largement suffisant. Celles qui le désirent peuvent il va sans dire en obtenir un deuxième, mais contre paiement bien sûr. Vous n’avez pas les sous nécessaires? Avez-vous pensé à une campagne de sociofinancement? Paraît que ça fonctionne. Vous trouvez que les patates en poudre et les biscuits secs avec du Jello, ça fait un peu chiche? Que voulez-vous, le gouvernement doit faire des choix budgétaires douloureux. Dans les environs de nos CHSLD, on trouve toujours une rôtisserie ou une pizzeria qui livrent!

Les élèves en difficulté? Tous les élèves en grand besoin de services auront accès aux services d’un spécialiste… mais pas trop longtemps et pas trop souvent quand même. Nos professionnels en orthophonie et en psychologie qui ne sont pas en «burn-out» en ont tellement à voir. C’est pas qu’on n’aime pas les enfants, c’est que le gouvernement ne peut faire plus. Mais bonne nouvelle, ces mêmes services sont disponibles au privé. 

Le médecin spécialiste vous a prescrit une IRM pour «en avoir le cœur net» quant à ce malaise que vous avez mentionné à votre médecin de famille? On vous appelle d’ici six à huit mois, certain! Vous êtes inquiet et trouvez cette période d’attente un peu longue? Pour à peine 800 $ vous aurez, au privé, un rendez-vous dans les deux semaines à venir. Pas compliqué à trouver… Internet regorge d’annonces de cliniques qui, au surplus, acceptent Visa et Mastercard. Le ministre de la Santé vient tout juste de le déclarer aux gens d’affaires: le privé et le public doivent travailler en complémentarité quitte à ce que celui-ci remplace celui-là!

Et dire que certains prétendent qu’il faut réinvestir dans le financement de nos services publics. Voyons donc! Ce que veulent les Québécois et Québécoises ce sont des baisses d’impôt. Bonne nouvelle: le gouvernement Couillard vient tout juste d’annoncer une réduction 278 $ de l’impôt d’un contribuable dont le salaire annuel dépasse les 42 705 $. Économie d’impôt qui totalisera un gros 64,50 $ pour celui ou celle gagnant 22 500 $ et 73 $ pour un salaire de 25 000 $. Wow!

Avec les récentes annonces du gouvernement Couillard, on découvre aujourd’hui que, non, les huissiers n’étaient pas à nos portes. L’austérité, les compressions et les coupes budgétaires n’auront servi essentiellement qu’à préparer des baisses d’impôt, tout à fait dérisoires pour les moins fortunés d’entre nous. 

Par-delà son caractère électoraliste, cette annonce s’inscrit dans une tendance pernicieuse qui se poursuit depuis maintenant deux décennies. Celle de déconstruire petit à petit nos services publics et, faute d’une réponse adéquate à leurs besoins, amener les citoyens à payer pour des services auxquels ils ont droit. Le ministre Gaétan Barrette a été «clair», le 21 novembre dernier, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Au Québec, a-t-il affirmé, «il faut mettre fin à cette culture qui oppose toujours public et privé ». 

Nous avons donc tout intérêt à «mettre de côté» ce cadeau empoisonné qu’on vient de nous annoncer. Il devrait nous être utile sous peu, s’il n’en tient qu’au ministre de la Santé!


Denis Hébert

Jean-Claude Landry

Membres de Québec solidaire

Trois-Rivières