Selon l’auteure de cette lettre, les espaces verts en milieu urbain rendent des services essentiels à l’ensemble de la collectivité.

Un boisé qui rend service

L’auteure, Lauréanne Daneau, est directrice générale d’Environnement Mauricie.

Aujourd’hui, le conseil de ville de Trois-Rivières discutera à huis clos de la mobilisation citoyenne entourant la mise en vente du boisé des Estacades, susceptible d’être partiellement transformé en projet domiciliaire. À notre avis, plusieurs éléments doivent être pris en compte pour une résolution souhaitable.

Rappelons que ce boisé est un terrain privé de 300 000 mètres carrés reconnu par la Ville comme un territoire écologique d’intérêt, mais dont le zonage autorise la construction de résidences. Dans un contexte de crise climatique, il y a des intérêts importants à préserver cette forêt urbaine.

L’enjeu au cœur de cette histoire reste donc la conciliation entre la protection des milieux naturels et le développement urbain d’une ville en croissance. Cette conciliation repose sur des considérations législatives et politiques.

De la nature en ville

Les espaces verts en milieu urbain ne sont pas une simple coquetterie pour faire plaisir aux amateurs de plein air. À vrai dire, ils rendent des services essentiels à l’ensemble de la collectivité. Une forêt filtre les polluants atmosphériques – un mètre cube de bois séquestre une tonne de CO2 – améliorant ainsi la qualité de l’air. De plus, elle joue un rôle majeur sur l’eau, car en plus de permettre à la pluie de pénétrer le sol et d’éviter les égouts, les racines purifient l’eau qui se jette dans la rivière Saint-Maurice en plus de réduire les risques d’érosion de berges et de glissement de terrain. À ces services, ajoutons celui d’offrir des habitats fauniques et floristiques qui assurent un équilibre de l’écosystème duquel dépend la population. Sans oublier l’impact majeur – et scientifiquement prouvé – sur le bien-être mental des citoyens qui les fréquentent.

Passer le test législatif

Même si le propriétaire du boisé des Estacades vend sa terre, l’acheteur n’aura pas carte blanche pour faire n’importe quoi. En effet, un futur projet domiciliaire devra passer le test des lois provinciales et des règlements municipaux. Un dialogue entre le promoteur, la Ville de Trois-Rivières et le ministère de l’Environnement (MDDELCC) est un passage obligé pour définir le plan directeur du projet. Cette étape nécessite un inventaire floristique et faunique, de même qu’une caractérisation des milieux humides présents et d’une analyse de l’écosystème forestier.

Par exemple, le projet devra répondre à la nouvelle Loi concernant la conservation des milieux humides et hydriques (mars 2018) et respecter le principe de zéro perte nette. Il s’agit d’un gain législatif majeur que la société québécoise a obtenu dans la dernière année.

Pour sa part, la Ville de Trois-Rivières vient tout juste de réviser son schéma d’aménagement (2017) dans lequel se trouve comme orientation celle de protéger la biodiversité, notamment par une stratégie d’intégration des milieux naturels au développement urbain. Ce schéma d’aménagement prend d’ailleurs en compte la nécessité contribuer à la lutte et l’adaptation aux changements climatiques. Rappelons aussi que Trois-Rivières révise actuellement sa politique de Développement durable qui engage la Ville à s’assurer d’une gestion durable de l’aménagement du territoire.

Bref, ces mesures législatives et réglementaires empêchent un promoteur de saccager un milieu naturel. À condition que le politique soit aussi au rendez-vous.

Une belle occasion

Le débat entourant l’avenir du boisé des Estacades est une occasion pour le politique de donner du sens aux grandes orientations louables que la Ville de Trois-Rivières adopte depuis quelques années. L’achat du terrain est une option, mais la Ville ne pourra pas acheter tous les milieux naturels sur son territoire. La valeur écologique et l’acceptabilité sociale doivent servir de critères. Cela dit, le politique a le pouvoir de fixer des conditions aux promoteurs pour que les futurs quartiers répondent aux meilleurs standards de l’écoresponsabilité.