Les défis sont de plus en plus nombreux et de plus en plus grands pour les propriétaires de petites résidences privées pour aînés. Tellement que plusieurs n’arrivent tout simplement pas à répondre à toutes les exigences gouvernementales. Leur survie est menacée, estime l’auteur de ce texte.

Un avenir inquiétant pour les petites résidences pour aînés

J’ai bien aimé la caricature de monsieur Isabelle sur les résidences privées pour personnes âgées. Il a raison de présenter les petites résidences pour personnes âgées (RPA) comme un domaine en voie de perdition. Les raisons derrière cette situation sont variées et peuvent être différentes pour chaque RPA mais la tendance dans cette direction est attribuable à trois facteurs communs à tous: manque de main-d’œuvre, manque de financement, réglementation trop lourde.

Dans le premier cas, le manque de main-d’œuvre peut s’expliquer de plusieurs façons. D’abord, il y a une dévalorisation générale de la pratique des soins personnels. Les médias font grand écho, à juste titre, aux problèmes et manquements dans le réseau de la santé mais sont muets sur la qualité de vie dans une grande majorité des petites RPA qui donnent des soins de proximité depuis des décennies dans leur milieu, surtout en région. Ensuite, la pénurie générale de la main-d’œuvre accentue le manque de relève. Et lorsqu’il y a relève, elle s’oriente vers les emplois dans le réseau de la santé qui peut se permettre des salaires plus alléchants que les petites RPA.

Pour assurer la continuité d’une petite RPA, il faut être en mesure de vendre son entreprise. Cela n’est plus possible car aucune institution financière n’accepte de financier une RPA de moins de 50 places. Les propriétaires de petites RPA sont donc amenés, bien malgré eux, à prendre la décision d’abandonner les opérations, changer la vocation ou accepter de financer eux-mêmes la transaction. Avec un avenir plus qu’incertain, plus de 300 petites RPA au Québec choisissent l’abandon pur et simple.

Sur le plan de la réglementation, il y en a long à dire. Premièrement, les législateurs, poussés par les médias à sensation, réagissent beaucoup trop sévèrement à des situations exceptionnelles. Pendant des décennies, le domaine des petites RPA était constitué d’entreprises familiales bien établies dans leur région. Avec le vieillissement de la population, les grands investisseurs ont senti la manne et dominent maintenant le marché. Avec des constructions neuves, il est facile d’intégrer les systèmes d’alarme, d’incendies et autres nouveautés que ne peuvent se permettre les petites RPA car il est beaucoup plus onéreux de modifier un bâtiment existant que d’en construire un neuf. Sans compter le dérangement que cela apportera à la vie des résidents.

Même si un programme permet de faire rembourser une bonne partie des travaux, le propriétaire d’une petite RPA doit d’abord payer en totalité les travaux et se faire rembourser sur 60 mois. Cela vient de couper court à toute autre possibilité de financement pour effectuer quelques améliorations pour les cinq prochaines années.

Pour votre information, un système de gicleurs et son système d’alarme associé coûtent plus de 5000 $ par logement. Un programme de plusieurs centaines de millions en réaction à un seul incendie...

Pour toutes ces raisons, il est à prévoir que seules les grandes résidences, membres de réseaux et bien financées, réussiront à profiter de la manne offerte par le vieillissement de la population. Le sort des petites RPA, à moins d’intervention judicieuse des autorités régionales et nationales, est peu réconfortant. Après l’exode des jeunes, il faut maintenant accepter le déracinement de nos aînés.

Jacques Marchildon

Saint-Adelphe