La conseillère du district des Carrefours, Valérie Renaud-Martin, estime qu’une consultation est nécessaire avant d’amorcer le déploiement de la «Vision zéro».

Trop loin, trop vite

L’auteure, Valérie Renaud-Martin, est conseillère municipale du district des Carrefours à Trois-Rivières.

Le 6 novembre dernier, le conseil a voté, sur division, l’adoption d’une résolution qui stipule que la Ville de Trois-Rivières adhère à la «Vision zéro» accident avec morts et blessés graves et s’engage à mettre en place une série de mesures pour y répondre, dont l’abaissement de la limite de vitesse sur les rues locales et collectrices. Ce sujet a depuis fait couler beaucoup d’encre.

D’abord, je dois dire que je suis très heureuse que l’on aborde le sujet de la sécurité routière. C’est quelque chose qui touche beaucoup de gens et personne ne peut affirmer être contre l’amélioration du bilan routier sur notre territoire. Toutefois, bien que l’objectif derrière le projet soit louable, je considérais que nous allions trop loin, trop vite. Non seulement nous ne prenions pas le temps de bien analyser tous les impacts qui pouvaient découler de cette vision, mais ce projet n’avait malheureusement pas fait l’objet de consultation au sein de la population avant son adoption, une étape que je jugeais, et que je juge toujours, non négociable. Pour ces raisons, ce soir-là, j’ai voté contre la résolution.

Certains de mes collègues m’ont dit que, puisqu’il était dans l’intérêt de la sécurité des citoyens, plus particulièrement des usagés vulnérables, nous n’avions pas à consulter les gens avant de voter cette résolution. Preuve qu’il est pourtant possible de consulter en amont quand on touche ce sujet, la Ville de Québec amorçait, en février dernier, la première étape d’une démarche menant à l’élaboration de sa stratégie routière 2019-2023 en lançant une grande consultation publique sur la sécurité routière, incluant un sondage pour vérifier l’intérêt de ses citoyens envers la Vision zéro.

C’est ce genre d’approche que j’aurais souhaité pour notre ville. Cela aurait certes pris plus de temps, mais je demeure convaincue qu’une telle démarche aurait permis un meilleur résultat. Elle aurait d’autant plus permis de dresser le portrait réel de notre situation, et de savoir s’il y a une adhésion pour la Vision zéro à Trois-Rivières avant d’affirmer que c’est la meilleure philosophie qui peut s’appliquer à notre contexte trifluvien.

D’ailleurs, plusieurs citoyens et citoyennes m’ont interpellée en ce sens, me demandant ce qu’ils pouvaient faire pour exprimer leur désaccord. Car bien que la résolution mentionne la mise en place d’une démarche d’information, et la réalisation de consultations sur les modes d’application des différentes mesures proposées, reste que pour plusieurs, nous avions brûlé des étapes. Et c’est là que le bât blesse. Ce n’est pas l’approche scientifique de la Vision zéro que les gens remettent en question. Mais la façon dont ça leur est amené, sans leur demander leur approbation, en imposant l’approche dans son ensemble, sans les consulter au préalable.

J’ai donc informé ces citoyens des moyens démocratiques qu’ils avaient pour se faire entendre. Certains ont lancé une pétition, nous avons vu des lettres d’opinions apparaître dans les pages de ce journal, et sur les réseaux sociaux, des groupes se sont formés. Il m’apparaît évident qu’il n’y a pas d’acceptabilité sociale sur la manière dont ce projet est structuré actuellement.

Et voilà qu’il y a quelques jours, certaines personnes ont insinué sur la place publique que j’étais à l’origine d’un mouvement citoyen contre la Vision zéro, m’accusant de désinformer les gens. D’abord, je trouve bien malheureux que ces allégations soient faites par une collègue, sans même avoir eu le respect de s’adresser à moi avant de tenir ces propos. Bien que je ne sois pas à l’origine d’un tel mouvement, reste que j’appuierai toujours les démarches de mes citoyens qui désirent s’exprimer et qui s’intéressent à leur milieu, et que je considère que cela fait partie de mon rôle en tant que conseillère municipale.

Un citoyen m’a dit: «la sécurité dans les rues est un sujet trop important pour que des décisions se prennent sans consensus». Il a tout à fait raison. Et parfois, il faut accepter de faire un pas en arrière pour mieux avancer.