L’auteur de cette lettre doute de la nécessité d’enregistrer les armes à feu sur le nouveau registre mis en place par Québec.

Trop, c’est comme pas assez...

En complément à un éditorial récent de M. Martin Francoeur, j’aimerais ajouter quelques précisions au sujet du désormais célèbre Registre d’enregistrement des armes à feu. Je ne m’attarderai pas au fait que certaines municipalités sont contre, leur électorat jugera si c’était opportun ou pas.

Par contre, je veux apporter quelques précisions à propos du registre en question.

Il y est écrit: «Un choix de société a été fait». Il s’agit plutôt d’un lobby fort bien organisé qui dispose de l’appui d’une vaste clientèle majoritairement urbaine. C’est comme demander à ceux qui ne possèdent pas de voiture s’ils sont en faveur de surtaxer l’essence pour contrer les changements climatiques. La majorité répondra oui car ça ne les touche pas personnellement. Je me souviens très bien qu’à l’époque de la commission parlementaire sur le sujet, à l’émission Tout le monde en parle, un représentant d’une association s’opposant au registre s’était fait sérieusement rabrouer par une représentante de PolySeSouvient et toute l’intelligentsia montréalaise présente à l’émission. Après ce visionnement, très difficile de croire que la métropole ne tente pas de nous imposer sa vision des choses. Ça ne serait pas la première fois; pensons seulement à la tenue de rodéos durant le festival western de Saint-Tite.

Autre affirmation erronée: «Le registre des armes à feu sert à réduire les risques de tragédies comme celles de la mosquée de Québec, de Polytechnique, de Dawson». Une courte recherche nous révèle qu’Alexandre Bissonnette a utilisé une arme de poing et deux fusils d’assaut style AK-47 qui sont deux types d’armes prohibées ou à utilisation restreinte, que Kimveer Gill à Dawson avait trois armes dûment enregistrées et Denis Lortie à l’Assemblée nationale avait ses armes militaires, qui sont assujetties aux normes rigoureuses de l’Armée canadienne. Par contre, Marc Lépine avait une carabine de chasse, mais achetée en toute légalité. Même s’il y avait un registre à l’époque de Dawson, cela n’a pas empêché le dénommé Gill de commettre son attentat.

Sans entrer en profondeur dans le profil psychologique des tueurs, une autre courte recherche nous permet d’affirmer qu’ils avaient tous de sérieuses lacunes psychologiques. Alors, lorsqu’il est dit que le problème n’est pas l’arme à feu mais la personne qui la manipule, cette phrase creuse comme il est mentionné dans l’éditorial ne l’est peut-être pas tant que ça. Et en regardant un peu plus loin, on peut aussi constater que dans la majorité des tueries de masse chez nos voisins du sud, les tueurs sont fortement perturbés psychologiquement.

Quant à rappeler que le registre a reçu l’appui des instances policières, il n’y a rien de surprenant là. Le fait est que l’on est déjà enregistré à la GRC qui nous délivre un permis de possession-acquisition. Et à ma connaissance, c’est toujours en vigueur. Donc les policiers peuvent consulter ce registre et s’il révèle qu’il y a possibilité d’armes à feu dans l’intervention en cours, le principe de précaution s’impose. Pas besoin d’en rajouter. C’est cette multiplication des règles qui finit par irriter.

Quant à dire qu’une large proportion de la population québécoise appuie ce registre selon un sondage dévoilé par PolySeSouvient, cela a autant de crédibilité que si la NRA en faisait un sur la pertinence d’avoir des armes à feu et qu’il serait positif.

Je conclus en citant une maxime issue de la sagesse populaire: Trop, c’est comme pas assez.

Jean-Noël Lamothe

Shawinigan