Selon l’auteur, l’exercice de comparaison est très facile à faire et il confirme que partout au Québec ou ailleurs posséder une maison qui dépasse la médiane coûte beaucoup moins cher qu’à Trois-Rivières.

Trois-Rivières, tu coûtes cher

OPINIONS / Oh Trois-Rivières, tu coûtes un peu cher.

Trois-Rivières a ses charmes mais elle a aussi ses petits travers. Un de ceux-là est le coût élevé de ses taxes lorsqu’il est question d’une résidence qui vaut davantage que la valeur médiane des résidences du parc immobilier de Trois-Rivières. En fait, l’écart entre Trois-Rivières et la très grande majorité des municipalités du Québec est tel qu’il peut en coûter 100% plus aux familles de Trois-Rivières pour une résidence de 300 000$ que pratiquement toutes autres municipalités comparables au Québec.

C’est suite à plusieurs échanges avec des collègues et amis que j’ai pu constater à quel point Trois-Rivières néglige plusieurs de ses payeurs de taxes. La Ville a certes à composer dans son budget avec une médiane relativement basse toutefois, lorsqu’une famille détient une résidence qui vaut un peu plus que la valeur moyenne, elle sera exagérément taxée lui laissant ainsi moins d’argent dans ses poches pour dépenser dans la région, épargner ou encore même investir dans ladite résidence pour en rehausser la valeur. L’effet direct de cette taxe élevée est que les maisons de 300 000$ ont un compte de taxes environnant les 4300$ annuellement dans mon quartier alors qu’une résidence de près de 500 000$ de Mirabel aura un compte de taxes d’environ 2500$. Ce n’est là qu’un exemple et je vous invite à tenter l’expérience en ligne.

L’exercice de comparaison est très facile à faire et il confirme que partout au Québec ou ailleurs, posséder une maison qui dépasse la médiane coûte beaucoup moins cher qu’à Trois-Rivières. J’invite tous les intervenants et tous les citoyens à utiliser les rôles d’évaluation publics disponibles partout sur Internet pour comparer leur maison à une maison semblable dans les municipalités comme Terrebonne, Ste-Julie, Repentigny, Mirabel, St-Hyacinthe, Donnacona, Rosemère et j’en passe. Bref, n’importe où il est possible d’avoir accès à ce registre en ligne.

Il s’en trouvera pour dire qu’à Trois-Rivières, tout coûte moins cher et ça s’équivaut ou encore qu’à Trois-Rivières les services sont bien meilleurs et j’en passe. C’est malheureusement faux et de plus les salaires de la région ne compensent pas pour des taxes municipales plus élevées. Par ailleurs, ma réflexion est simple: lorsqu’une famille a les moyens d’une résidence d’un montant de X$, elle aura essentiellement les mêmes moyens ailleurs. Elle sera cependant bien plus taxée à Trois-Rivières. Je me dis alors qu’une jeune famille qui fait le choix d’acheter une résidence ayant une plus grande valeur pour faire un investissement à long terme, en se privant d’autres biens ou services tels que des voyages ou des voitures dispendieuses, elle se verra imposer une taxe bien plus importante que partout ailleurs. Le problème de la taxe foncière est qu’elle est basée sur un taux arbitraire établi par des actuaires sur la valeur d’une possession et non pas un revenu familial. Cette situation ouvre la porte à de possibles abus ou des iniquités.

Un autre effet de cette taxe non compétitive avec les autres municipalités du Québec est l’impact sur le parc immobilier en lui-même. C’est-à-dire que considérant les taxes à Trois-Rivières, l’intérêt de se bâtir une résidence au-dessus de la médiane est grandement réduit. C’est également le cas lorsqu’il est question de rénover une résidence existante. C’est un cercle vicieux qui fait en sorte qu’il existe un frein au rehaussement de la médiane.

J’ai discuté de cette situation en 2018 avec l’ex-maire Levesque par messenger; il ne lui a pas été possible de m’expliquer cette situation spécifique bien qu’il se soit avéré d’une grande gentillesse et disponibilité. J’en ai discuté via les réseaux sociaux avec le conseiller Claude Ferron mentionnant que les dépenses (tel que les projets entourant Vision zéro) de la Ville devraient prendre en considération le fait que la population est déjà surtaxée. L’échange a été difficile et sans conclusion satisfaisante. J’ai tenté d’ouvrir une discussion avec ma conseillère Valérie Renaud-Martin par courriel qui n’a pas donné suite à ma demande malgré sa générale grande disponibilité et cordialité. Dans tous les échanges que j’ai été en mesure d’avoir sur le sujet, on m’a servi la même rhétorique. On me dit qu’à la valeur médiane, Trois-Rivières a des taxes semblables avec les autres municipalités du Québec. Ce n’est pourtant pas de ça qu’il est question.

Personne n’ose remettre en question les calculs car l’enjeu est de taille. Personne n’a été en mesure de m’expliquer pourquoi la ville est aussi peu compétitive sur le plan des taxes pour les résidences au-dessus de la médiane. Personne ne reconnaît que les familles qui font le choix d’une «belle» résidence à Trois-Rivières, elle sera surtaxée. Peut-être qu’il s’agit d’un sujet tabou et que ce silence témoigne d’une reconnaissance de l’état de fait.

J’ai ultimement tenté de rejoindre monsieur Jean Lamarche sur ce sujet. C’est une initiative qui, jusqu’ici, est demeurée lettre morte. Comme personne n’a de réponse, on semble indiquer poliment aux surtaxés: «Vous savez si vous n’êtes pas contents, vous pouvez aller vivre ailleurs.» Si c’était cela, alors ce serait bien triste et décevant.

Le bilan d’une administration municipale se manifeste non seulement dans les services offerts à la population mais également dans l’état de son budget et les taxes qui sont chargées à ses citoyens. Je pense que les conseillers devraient suivre une formation sur les méthodes de calcul de taxes à Trois-Rivières, sur les fonctions actuarielles utilisées pour les établir. Sinon, comment connaître la marge de manœuvre d’une administration municipale? Comment savoir si un projet d’emprunt est économiquement sensé? Comment savoir si une augmentation du taux de taxes n’est pas un abus sur les citoyens? Avant de monter en politique fédérale ou provinciale, peut-être qu’un peu de «math 101» s’impose pour tous.

Gaëtan Bouchard

Trois-Rivières