Trois-Rivières et les «placottoirs»

OPINIONS / «La directrice générale de Trois-Rivières Centre, Gena Déziel, confirme que le projet en a emballé plusieurs»… et plusieurs échevins trouvent l’idée très intéressante… alors on va faire une tournée d’information pour convaincre les contribuables que c’est nécessaire. C’est la même procédure qu’avec le projet «Vision zéro».

Ça fait deux fois que l’on refait le profil de la rue des Forges pour plaire aux restaurateurs. Bien sûr, on a profité du fait que les infrastructures étaient à refaire pour procéder à la deuxième transformation. On a fait des trottoirs très larges qui devaient servir aussi de terrasses pour les restaurants; mais on a placé des bacs à fleurs monstrueux qui prennent la moitié de la partie piétonne. Bref, des devis bâclés qui n’atteignent pas les buts fixés: la coexistence piétons-restaurants.

C’est souvent le cas à Trois-Rivières. On lance un projet avant de savoir s’il est nécessaire et à quoi il va servir: l’amphithéâtre, le nouveau Colisée, etc. On procède de la même façon avec l’aérogare. On est prêt à engloutir 12 M$, sans savoir qui sera le locataire ou même, s’il y a des locataires; tout cela sous les pressions des faiseurs de rêves d’IDE Trois-Rivières.

Normalement, on lance un appel d’offres lorsque les études de faisabilité d’un projet viennent à terme, que les besoins actuels et futurs sont bien identifiés, que les devis sont clairs et définitifs, et qu’ils n’ont pas besoin d’inclure 15 % pour «les changements d’idées et les sondages de terrain nécessaires une fois le projet commencé». Comme résultat, les projets coûtent souvent le double de ce qui était prévu.

Pour avoir pris connaissance des «placottoirs» sur la rue Sainte-Catherine à Montréal, même dans la partie piétonnière, les installations laissent à désirer, vu leur aspect temporaire, c’est un peu broche à foin; et, quant au «coup d’œil global», ça donne l’allure d’une exposition agricole, c’est encore broche à foin. Pour ce qui est d’une installation permanente, les besoins et les avantages sont loin d’être prouvés. Ce n’est sûrement pas une priorité pour Trois-Rivières.

Il y a beaucoup d’autres projets plus urgents qui attendent leur tour depuis longtemps, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. On n’a rien fait depuis la réfection de la rue Thibeau. «Malheureusement, les bateaux de croisière, ça n’arrête pas au centre-ville du Cap», mais il y a quand même des besoins aussi pressants qu’à Trois-Rivières Centre.

Au Cap aussi, on paie des taxes à Trois-Rivières. Des beaux plans d’action par IDE, des vœux pieux, «le bas du Cap est rempli de possibilités», mais il n’y a jamais rien de tangible qui se produit. Si Aleris était sur la rue des Forges, ça n’aurait pas traîné pendant 20 ans.

Bon, revenons à nos moutons. Il y a pourtant une alternative aux «placottoirs» qui ne coûterait pas un sou aux contribuables: c’est de rendre la rue des Forges piétonnière. Comme cette rue, entre Royale et Notre-Dame, est un circuit fermé, qui ne conduit nulle part, on la ferme à la circulation, pendant la période estivale, de midi à 3 heures du matin.

Les restaurants pourraient alors utiliser le trottoir au complet pour leurs terrasses, et ainsi éviter la bousculade des serveurs avec les piétons lorsqu’ils vont servir aux tables. Ça donne beaucoup de place pour les bacs à fleurs et les affiches de menus, sans empiéter sur la partie piétonne.

Ce qui est encore plus important, les clients pourront manger en paix, sans les gaz d’échappement des véhicules et les pétarades des autos et des motos.

À la fin de l’été, les piétons reprennent leur place sur le trottoir.

Allez voir sur la rue Saint-Jean, à Québec, ça fonctionne depuis des années et ça donne «une ambiance festive, d’un bout à l’autre».

Tant qu’à essayer quelque chose, pourquoi ne pas tenter d’abord une expérience qui ne coûte rien et laisser la population décider, elle-même, si elle désire poursuivre le projet. Il faut éviter de les informer seulement lorsque les projets sont déjà décidés par le «Conseil de ville Centre».

Gaétan Yelle

Secteur Cap-de-la-Madeleine

Trois-Rivières