La désinvolture affichée par Amosi Niyonkuru lors de sa comparution et de sa remise en liberté, à la suite d’un accident mortel découlant d’un délit de fuite, a soulevé la colère de plusieurs lecteurs.

Triste justice...

La loi n’est certes pas la justice! C’est bien connu. À un point tel que la loi, trop souvent, s’apparente même à un déni de justice. Combien de fois voyons-nous les savants procureurs dits officiers de justice, non pas traiter des véritables fondements d’une cause, mais plutôt s’esquinter à trouver l’article dont l’application n’aurait pas été rigoureusement respectée. Et combien de criminels ont été relâchés, non pas parce qu’ils n’étaient pas coupables, mais par exemple parce que les délais de traitement de la cause ont été trop longs, ou encore parce qu’une fouille n’avait pas été prescrite par un mandat...

Ces dernières semaines, deux décisions de «justice» me sont apparues carrément scandaleuses et moralement intolérables. D’abord, cette agression sans nom qui s’est produite au parc portuaire de Trois-Rivières. Sans connaître les détails de l’événement, certains faits nous ont sauté aux yeux: la violence invraisemblable que l’agresseur a exercée sur la victime qui a été abandonnée dans un état lamentable avant de se retrouver sur la table d’opération. Facile à voir que l’agresseur n’en était pas à sa première «expérience» du genre. La violence des coups portés aurait facilement pu provoquer la mort de la victime. Or, la police réussit à retracer le tueur en puissance et à l’amener devant le tribunal. Que fait la justice? Elle le libère immédiatement pour lui permettre de passer son été dans l’Ouest canadien... Ah! que la vie est belle...

Pire encore: plus récemment, un autre jeune, de 21 ans celui-là, commet un délit de fuite au volant pour se sauver d’un agent de police qui a constaté que les frais d’immatriculation de la plaque n’avaient pas été payés. Le jeune en question, qui apparemment ne parle ni français ni anglais, semble tout de même bien au fait qu’il est en infraction du Code de la route. Il appuie alors sur l’accélérateur et entreprend une course folle pour frapper un peu plus loin une automobile et tuer net le conducteur. Il y a des témoins qui ont tout vu; la police était présente... On peut donc conduire le jeune devant le tribunal. Que fait la justice? Elle le libère subito presto et des images nous montrent l’écervelé sortir du palais de justice en souriant, les doigts croisés victorieux! Mettez-vous un instant à la place des proches de la victime, M. Jeannot Beaupré! Le cœur nous lève!

Mais comment le système dit de «justice» estime-t-il avoir amené ce criminel à réfléchir sur la conséquence de ses gestes et à reconnaître qu’il a causé la mort d’une personne innocente? La Loi va nous dire qu’il y a toujours présomption d’innocence, que le jeune n’a peut-être pas d’antécédents judiciaires, qu’on lui a imposé des conditions, ainsi que des engagements financiers... Comment la justice peut-elle croire que ce type, qui n’a pas défrayé les coûts de sa plaque d’immatriculation, va disposer de 10 000 $ pour remettre à la justice s’il contrevient à ses conditions de liberté? Une farce je vous dis.

La Loi nous suggère que la sécurité du public est protégée du fait des conditions imposées, dont la suspension de son permis de conduire... Mais qui nous garantit que cet irresponsable ne va pas sauter sur un volant demain matin? J’ai de la peine pour la famille de M. Beaupré et si j’avais été un proche de la victime, je vous jure que les procureurs de la Couronne auraient bien senti mon souffle dans leur cou afin que ce chauffard reste derrière les barreaux dans l’attente de son procès.

Guy Godin

Trois-Rivières