Traitons nos aînés et ceux qui en prennent soin de manière acceptable

OPINIONS / L’auteur, François Laporte, est le président du syndicat des Teamsters canadiens. Les Teamsters représentent les intérêts de travailleurs et travailleuses dans les établissements d’hébergement pour aînés un peu partout au Canada.

Oui, monsieur le premier ministre Legault. La façon dont on traite nos aînés est inacceptable, mais cela ne date pas d’hier.

Déjà il y a trois ans, le syndicat des Teamsters et ses membres qui oeuvrent dans les CHSLD, résidences privées et ressources intermédiaires, amorçaient une réflexion sur les enjeux qui menaçaient la santé et la sécurité des aînés et du personnel. Nous avons alors identifié trois grands chantiers sur lesquels le gouvernement qui vous précédait, puis le vôtre devaient se pencher.

Les conditions de travail furent la première chose que nous avons remarquée. Nous sommes heureux que vous ayez enfin reconnu que les disparités entre les salaires du privé et du public n’étaient pas acceptables. Nous en avions d’ailleurs parlé à des représentants de votre gouvernement il y a un an environ sans qu’ils y donnent suite.

Vous avez dit publiquement que les primes versées aux salariés pendant la pandémie seraient sans doute maintenues, mais vous savez comme moi qu’un rattrapage salarial significatif entre les salariés du privé et ceux du public est nécessaire. C’est une question d’équité et de respect pour ces travailleurs et ces travailleuses.

Deuxièmement, le temps que passent les travailleurs auprès des aînés est insuffisant. Quand on manque de 20 % à 50 % du personnel sur un seul étage d’un CHSLD chaque jour depuis des années, doit-on s’étonner que la qualité des services soit à la baisse, que la vie des résidents puissent être menacée dans un contexte de crise? Quand on retrouve un seul préposé aux bénéficiaires pour 250 personnes âgées dans une résidence privée, doit-on se surprendre qu’en pleine pandémie de COVID-19 il y ait du va-et-vient incontrôlable dans ces établissements?

Troisièmement, la présence de travailleurs d’agences (qui sont souvent mieux payés que nos propres membres qui font pourtant le même travail) déstabilise les aînés en perte d’autonomie cognitive et vient provoquer beaucoup d’insécurité dans des milieux de vie qui devraient en temps normal être paisibles et stables. Je vous rappelle que ces travailleurs d’agence (et ceux qui viennent des CLSC) sont des vecteurs potentiels d’une maladie qui pourrait être mortelle pour les personnes âgées. Il m’apparaît donc évident qu’il faut limiter au strict minimum leur présence dans les établissements.

Je tiens d’ailleurs à offrir mes sympathies à toutes les familles qui pleurent la disparition d’un parent en ce moment, mais je suis aussi obligé de dire que si les trois enjeux décrits plus haut avaient été abordés – et réglés – au cours des dernières années, nous n’en serions probablement pas là aujourd’hui.

Je vous invite à garder cela en tête lorsque vous réfléchirez à la manière d’améliorer le réseau d’hébergement privé pour aînés. Construire de nouveaux établissements est une chose, mettre en place une structure qui valorise le travail des hommes et femmes qui portent à bout de bras notre réseau d’hébergement privé pour aînés devrait être la priorité des priorités de l’actuel gouvernement.

Traitons nos aînés et ceux qui en prennent soin manière acceptable. C’est tout ce qu’on vous demande.