Train à grande fréquence: peut-on se questionner?

OPINIONS / L’idée d’un train à grande fréquence Québec-Toronto, fondement de la flambée politique à la mode, semble acceptée d’emblée comme visionnaire, sans qu’il y ait quelque questionnement de qui que ce soit sur la pertinence de ce projet, surtout en période électorale... À savoir quel candidat va amener ce train le plus vite à Trois-Rivières... Mais quel en sera le coût? Qui va le prendre? Quel sera le prix du billet?

Nos politiciens ont de plus en plus recours à des projets pharaoniques pour anesthésier les citoyens qui n’attendent que ce genre de narcotiques enivrants pour laisser dormir toute conscience critique. Un Colisée de 400 millions $ pour des Nordiques irréels, un autre Colisée, de 50 millions $ celui-ci, pour des Draveurs imaginaires, un stade de combien de millions pour des Expos... de Tampa Bay! Un amphithéâtre de 50 millions $ sur le bras des Trifluviens pour le bon plaisir de la visite... Et là, un train à grande fréquence...

Les trop nombreuses perturbations climatiques observées ces derniers temps un peu partout dans le monde – inondations, vagues de chaleur, incendies, fonte de glaciers – nous imposent bien sûr la reconnaissance d’actions urgentes à poser en matière de protection de notre planète. Oui un train de passagers circulant entre Québec et Toronto pourrait être utile, mais doit-on s’interdire de réfléchir et de nous questionner sur ce projet? Et n’y aurait-il pas d’autres moyens plus rationnels et innovants à envisager pour l’avenir?

Si, à l’époque de mes études universitaires à McGill, alors qu’il fallait avoir complété ses études et occuper un emploi pour avoir une voiture, nous n’étions que quatre à six personnes à prendre le train pour Montréal, aujourd’hui, alors qu’il y a autant d’automobiles devant une maison qu’il y a d’occupants, combien de jeunes, orientés de plus en plus vers les voitures hybrides ou électriques, vont choisir le train pour se rendre à Montréal?

Présentement, le prix est de 60 $ pour un simple aller-retour Trois-Rivières–Montréal en autobus. Il en coûtera combien de plus en train? Car le réseau ferroviaire de passagers nécessite une voie distincte de celle du transport des marchandises. Or, cette nouvelle voie va coûter 4,5 milliards $, dont 1,4 milliard $ pour le seul trajet Québec-Montréal. Plus l’achat de 32 wagons, plus l’engagement du personnel requis pour l’opération de ce réseau. Et qu’entend-on par «grande fréquence»? Dans une chronique récente, selon ses informations, Jean-Marc Beaudoin évoque 18 passages quotidiens! Avez-vous idée du nombre de passagers qui monteront à chacun de ces arrêts à Trois-Rivières? Ce TGF est-il vraiment la meilleure solution à retenir?

Au-delà des opinions ou intuitions, un rapport gardé «secret» jusqu’à récemment sur le TGF et produit pour Transports Canada indiquerait clairement que la mise en place du corridor Québec-Montréal nuirait nettement à la rentabilité du projet. Déjà que le transport de passagers Montréal-Toronto en 2018 a entraîné à lui seul un déficit de plus de 90 millions $ pour VIA Rail. Même en France, qui compte près de 70 millions d’habitants, le pays le plus visité au monde, la Société des chemins de fer est lourdement déficitaire année après année. Pourquoi, dans ce contexte, ne pas mener une expérimentation avec un train de passagers utilisant la voie actuelle pour valider l’engouement sinon l’intérêt de prendre le train pour aller à Montréal ou pour venir à Trois-Rivières, d’ici à ce que la Métropole interdise l’accès de l’île aux automobiles, ce qui devrait être fait... mais que la construction récente du nouveau pont Champlain ne laisse guère entrevoir...

Guy Godin

Trois-Rivières