Tout commence par un mot à la fois

OPINIONS / Dans un texte paru dans Le Figaro le 6 novembre dernier, le romancier Jean-Marie Rouart appelle à résister à l’invasion du franglais, plus brutale que jamais. Surtout si nous laissons faire. Il a écrit ceci: «Il était une fois un homme qui voulait faire un break une petite pause. Le voici donc qui surf navigue sur le site internet de la SNCF mais il hésite: pour aller dans la French Valley, vaut-il mieux un Ouigo ou un passage par le Lorraine Airport? France is in the Air!, lui rappelle la compagnie d’aviation nationale, lui proposant une Sky priority. À moins qu’il ne se laisse tenter par les charmes de Magnetic Bordeaux, Only Lyon ou Sarthe me up! Finalement, attrapant son Navigo Easy, il part faire un peu de jogging running course à pied du côté de Carrefour City, ignorant les conseils de son coach qui lui répète d’être moins speed.

Vous n’avez rien compris? Shocking, vous ne parlez pas franglais! Too late, vous n’appartenez plus au monde de ceux qui sont in et pensent que mélanger anglais et français est so chic. À l’heure où nos voisins cherchent à sortir de l’Europe par la grande porte, voici que leur vocabulaire nous envahit par la fenêtre. Mais ce n’est pas la langue de Shakespeare dans toute sa richesse qui s’impose peu à peu, mais un charabia abâtardi pour se mettre au niveau des consommateurs, c’est-à-dire nous, pauvres ignorants juste capables de lire un manuel de langue de cours primaire. Ce qui n’est d’ailleurs pas tout à fait faux...»

Serions-nous rendus à ce niveau de langage so chic au Québec, ici à Trois-Rivières? Cette propension que la nouvelle génération des milléniaux a pour l’anglomanie ambiante est alarmante car moins on ne réagit à une telle situation, plus notre langue sera tailladée et morcelée pour devenir une langue agonisante incapable de survivre.

Pour cela nos dirigeants tant fédéraux, provinciaux ou municipaux se doivent de ne permettre aucun écart, si petit soit-il, dans notre langue maternelle, dans notre langue d’affichage. La langue française mérite mieux, beaucoup mieux. Elle est belle notre langue, elle est vivante et inventive.

Ici à Trois-Rivières quand on affiche sur deux façades en format surdimensionné «OPEN», je me dis que les directives en matière de langue d’affichage à la Ville de Trois-Rivières sont bafouées ou absentes et que nos dirigeants municipaux se doivent de réagir et d’ordonner sur le champ le retrait de ces quatre lettres au coin des rues Royale et des Forges. Nos vieux disaient: «si tu donnes un pouce, ils vont prendre un pied et cela ne tardera pas». C’est ce qui semble se passer.

Refusons de se laisser envahir. Agissons.

Roger Kemp

Trois-Rivières